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Rassurer les marchés financiers et les spéculateurs ou les démanteler ?

mai 2010 / Jacques Nikonoff / Porte-parole du M’PEP                          

RASSURER LES MARCHÉS FINANCIERS ET LES SPÉCULATEURS OU LES DÉMANTELER ?

Par Jacques Nikonoff, ancien président d’Attac, porte-parole du Mouvement politique d’éducation populaire (M’PEP).

Le 12 mai 2010.

Après le « sommet » européen qui s’est tenu à Bruxelles du 7 au 9 mai 2010 à propos de la crise de l’Union européenne, jamais la confusion n’avait été aussi profonde. Il se dit et s’écrit n’importe quoi. La tâche n’est pas facile pour les citoyens de base qui veulent tenter de suivre les évènements, comprendre les décisions prises et en saisir le sens. D’autant que la matière n’est pas d’un accès aisé et que personne ne fait vraiment d’efforts pour la rendre accessible aux gens de tous les jours.

Toutes ces questions, complexes mais assimilables à qui fait l’effort de comprendre, deviennent un enjeu politique de masse. Ou plus exactement doivent le devenir. Car il devient chaque jour un peu plus probable que la campagne de l’élection présidentielle de 2012 – qui a déjà commencé – soit menée sur le thème de la dette publique. Ce sera l’intérêt de Sarkozy et de Strauss-Kahn si, par malheur, il était le candidat du PS. Sans parler des seconds couteaux que sont Bayrou et de Villepin qui n’ont rien à dire et qui trouveront là un excellent terrain.

Essayons d’y voir clair :

  • Se méfier des grands médias.
  • Les décisions prises à Bruxelles le week-end du 7 au 9 mai 2010 reviennent à instaurer l’hyper-austérité.
  • Des décisions qui sont une fuite en avant aux effets de court terme.
  • La solution à la crise du système de Bruxelles : l’hyper-austérité pour l’hyper-classe.
  • Après les banques, il faut aider la gauche qui semble totalement dépassée par les évènements.

I.- SE MÉFIER DES GRANDS MÉDIAS

Les grands médias, une nouvelle fois, se distinguent par leur partialité au service des puissants, leur absence totale d’esprit critique, leur caractère moutonnier et souvent leur incompétence. Des tombereaux d’âneries s’abattent sur une population désorientée.

Le lundi 10 mai 2010, au lendemain de cette réunion de Bruxelles, il était impossible de comprendre quoi que se soit en écoutant les émissions matinales des radios ou des télévisions. La lecture des journaux ne faisait qu’aggraver le malaise. Qu’on en juge :

  • À la Une de Libération du 10 mai 2010 : « L’Union a proposé hier soir un méga-plan de secours de 500 milliards d’euros ».
  • À la Une des Échos du 10 mai 2010 : « Les ministres des Finances prêts à mobiliser 600 milliards d’euros pour calmer les marchés financiers ».
  • À la Une du Figaro du 10 mai 2010 : « Sarkozy et Merkel ont proposé hier soir un plan d’aide d’au moins 500 milliards d’euros ».
  • À la Une du Monde daté du mardi 11 mai 2010 : « Un fonds de 750 milliards ».

Quel est le bon chiffre : 500, 600, 750 milliards d’euros ? Rappelons à ceux qui valsent allègrement avec les milliards – l’écart entre le bas et le haut de la fourchette est de 250 milliards !- que le financement d’un salaire moyen, cotisations sociales incluses, est de 40 000 euros par an. Avec 250 milliards d’euros il est donc possible de financer 6,25 millions de salaires !

Le Monde a étalé son incompétence, sur un sujet essentiel, dans son éditorial de Une du numéro daté du mardi 11 mai 2010. On peut lire en effet que Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, « a dû se résoudre à ce que son institution achète directement des emprunts d’État – ce qui revient à ‘‘monétiser’’ la dette – après avoir totalement écarté cette éventualité trois jours auparavant ».

Mais non ! Les auteurs de cet éditorial confondent marché primaire et marché secondaire des obligations. Le marché primaire est le marché du neuf, comme pour les voitures neuves, où l’on émet les obligations pour la première fois. Il y a « monétisation » lorsque ce sont les banques centrales et non les marchés financiers qui achètent les obligations directement à l’État. C’est ce que font de nombreuses banques centrales aux États-Unis, Japon, Grande-Bretagne, Suisse… Sauf la BCE !

Le marché secondaire est celui des titres d’occasion, là aussi comme pour les voitures, où celui qui a acheté un titre neuf (sur le marché primaire) peut le revendre (sur le marché secondaire) à celui qui voudra bien l’acheter. La décision prise par la BCE n’est absolument pas d’acheter les titres directement aux États lorsque ces derniers les émettent sur le marché primaire, mais de les acheter aux banques, sur le marché secondaire. Pas seulement pour aider les États, mais pour aider les banques en leur évitant une dévalorisation de leurs créances !

Une telle erreur commise par un journal qui se veut « de référence » traduit bien la confusion de la période. Elle est inexcusable. Elle jette le doute sur tout ce que peut écrire ce journal qui s’est bruyamment réjouit de l’austérité et dont l’action militante européiste est bien connue.

Ainsi, ceux qui voulaient se faire une idée des décisions prises à Bruxelles le week-end du 7 au 9 mai 2010 ne pouvaient compter pratiquent sur personne, ni sur les radios, ni sur les télévisions, ni sur les journaux. Pour comprendre, il était nécessaire d’aller à la source, sur les sites Internet de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne, de la Présidence de la République, du ministère des Finances… En mettant bout à bout des informations parfois exprimées dans un langage obscur, et à condition de disposer de plusieurs heures, il n’était pas possible de parvenir à ses fins !

La matière brute disponible, le mardi 11 mai 2010 en fin de matinée, était insuffisante et ne permettait pas de se faire une opinion précise sur les détails des décisions prises :

  • La « Déclaration des chefs d’État ou de gouvernement de la zone euro » du 7 mai 2010.
  • La conférence de presse du Président de la République française tenue à Bruxelles le 8 mai 2010.
  • Le compte rendu de la « Participation de la France au dispositif de soutien aux États-membres de la zone euro » du ministère Finances du 9 mai 2010.
  • Le communiqué de presse du Conseil de l’Union européenne du 10 mai 2010.
  • Le communique de presse de la BCE, en anglais, du 10 mai 2010.
  • Le communiqué de presse du Conseil extraordinaire des 9 et 10 mai 2010.
  • Le compte rendu de la réunion ECOFIN du 10 mai 2010 fait par la Commission européenne.

II.- LES DÉCISIONS PRISES À BRUXELLES LE WEEK-END DU 7 AU 9 MAI 2010 REVIENNENT À INSTAURER L’HYPER-AUSTÉRITÉ

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