Pourquoi pas ? Le blog de Niurka R.

30 mars 2020

Monsieur le Président

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Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,

« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et  ce qu’on pouvait lire sur la  banderole  d’une manif  en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux,  tout ce jargon technocratique dépourvu de  chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays :  les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de  livrer des pizzas, de garantir  cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle,  la vie matérielle.  

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas  là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps   pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent  déjà  sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde  dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde  où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie,  nous n’avons qu’elle, et  « rien ne vaut la vie » -  chanson, encore, d’Alain  Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui  permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

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28 mars 2020

Coronavirus : J'ai la rage

 

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J'ai la rage !
Par Claude Baniam, psychologue à l'hôpital de Mulhouse

« Je suis en colère et j’ai la rage, quand ils défilent dans les médias, montrent leur trogne à la télévision, font entendre leur voix parfaitement maîtrisée à la radio, livrent leur discours dans les journaux. Toujours pour nous parler d’une situation dont ils sont un facteur aggravant, toujours pour pérorer sur la citoyenneté, sur le risque de récession, sur les responsabilités des habitants, des adversaires politiques, des étrangers… Jamais pour nous présenter leurs excuses, implorer notre pardon, alors même qu’ils sont en partie responsables de ce que nous vivons.

Je suis en colère et j’ai la rage, car en tant que psychologue dans l’hôpital le plus touché, celui de Mulhouse, je vois toute la journée des dizaines de personnes arriver en urgence dans nos locaux, et je sais que pour une bonne partie d’entre elles, elles n’en ressortiront pas vivantes, souriantes, insouciantes, comme ce pouvait être le cas il y a encore deux semaines.

Je suis en colère et j’ai la rage, car je sais que ces personnes, ces êtres vivants, ces frères et sœurs, pères et mères, fils et filles, grands-pères et grands-mères, mourront seules dans un service dépassé, malgré les courageux efforts des soignants ; seules, sans le regard ou la main de ceux et celles qui les aiment, et qu’ils aiment.

Je suis en colère et j’ai la rage, devant cette situation folle qui veut que nous laissions nos aînés, nos anciens, ceux et celles qui ont permis que notre présent ne soit pas un enfer, ceux et celles qui détiennent un savoir et une sagesse que nul autre n’a ; que nous les laissions donc mourir par grappes dans des maisons qui n’ont de retraite que le nom, faute de pouvoir sauver tout le monde, disent-ils.

Le deuil impossible des familles

Je suis en colère et j’ai la rage, en pensant à toutes ces familles qui vivront avec la terrible douleur d’un deuil impossible, d’un adieu impossible, d’une justice impossible. Ces familles auxquelles on ne donne pas accès à leur proche, ces familles qui appellent sans cesse les services pour avoir des nouvelles, et auxquelles aucun soignant ne peut répondre, trop occupé à tenter une intervention de la dernière chance. Ces familles qui sont ou pourraient être la nôtre…

Je suis en colère et j’ai la rage, quand je vois mes collègues soignants se battre, tous les jours, toutes les minutes, pour tenter d’apporter de l’aide à toutes les personnes qui se retrouvent en détresse respiratoire, y perdre une énergie folle, mais y retourner, tous les jours, toutes les minutes. Je suis en colère et j’ai la rage, devant les conditions de travail de mes collègues brancardiers, ASH, secrétaires, aides-soignants, infirmiers, médecins, psychologues, assistants sociaux, kinés, ergothérapeutes, cadres, psychomotriciens, éducateurs, logisticiens, professionnels de la sécurité… car nous manquons de tout, et pourtant, il faut aller au charbon.

Je suis en colère et j’ai la rage, car, lorsque je me rends à mon travail, et lorsque j’en pars, je croise en quelques minutes trois ou quatre véhicules d’urgence, transportant une personne pleine de l’espoir d’être sauvée… Comment ne pas avoir confiance dans nos hôpitaux ? Ils sont à la pointe, ils sont parfaitement en état de fonctionner, de protéger, de guérir… et pourtant, combien de ces ambulances mènent leur passager vers leur dernier lieu ? Combien de ces patients refranchiront la porte sains et saufs ?

Je suis en colère et j’ai la rage, car cela fait des années que nous crions notre inquiétude, notre incompréhension, notre dégoût, notre mécontentement, devant les politiques de santé menées par les différents gouvernements, qui ont pensé que l’hôpital était une entreprise comme une autre, que la santé pouvait être un bien spéculatif, que l’économie devait l’emporter sur le soin, que nos vies avaient une valeur marchande.

Je suis en colère et j’ai la rage quand je constate que nos services d’urgences demandent de l’aide depuis si longtemps, quand je pense que les personnes qui arrivent avec le Samu posent leur regard (souvent le dernier sur l’extérieur) sur ces banderoles disant «URGENCES EN GRÈVE», qu’elles se trouvent face à des médecins traitants à la retraite du fait du départ des urgentistes, ces spécialistes de l’urgence qui seraient tant nécessaires en ces jours sombres…

De l’exploitation des étudiants infirmiers

Je suis en colère et j’ai la rage devant la manière dont on exploite nos étudiants en soins infirmiers ou aides-soignants, qui se retrouvent à faire des travaux d’une dureté que je ne souhaiterais pas à mon pire ennemi, qui, a à peine 20 ans, doivent mettre les corps de nos morts dans des sacs mortuaires, sans préparation, sans soutien, sans qu’ils et elles aient pu se dire volontaires. Pourquoi demander ? Cela fait partie de leur formation, voyons ! Et ils devraient s’estimer heureux, ils reçoivent une gratification de quelques centaines d’euros, vu qu’ils interviennent en tant que stagiaires.

Je suis en colère et j’ai la rage, car la situation actuelle est le fruit de ces politiques, de ces fermetures de lits comme ils aiment le dire, oubliant que sur ces lits, il y avait des humains qui en avaient besoin, de ces putains de lits ! De ces suppressions de postes, parce qu’un infirmier, c’est cher, ça prend de la place sur le budget prévisionnel ; de ces externalisations de tous les métiers du soin, puisqu’un ASH en moins dans les chiffres du nombre de fonctionnaires, c’est toujours un fonctionnaire en moins dont ils peuvent s’enorgueillir.

Je suis en colère et j’ai la rage, car celles et ceux qui sont au boulot tous les jours, malgré la peur ancrée au ventre, peur d’être infecté, peur de transmettre le virus aux proches, peur de le refiler aux autres patients, peur de voir un collègue sur le lit de la chambre 10 ; celles-ci et ceux-là se sont fait cracher dessus pendant des années dans les discours politiques, se sont retrouvés privés de leur dignité lorsqu’on leur demandait d’enchaîner à deux professionnels tous les soins d’un service en quelques minutes, bousculés dans leur éthique et leur déontologie professionnelle par les demandes contradictoires et folles de l’administration. Et aujourd’hui, ce sont ces personnes qui prennent leur voiture, leur vélo, leurs pieds, tous les jours pour travailler malgré le risque continu d’être frappées par le virus, alors que ceux qui les ont malmenés sont tranquillement installés chez eux ou dans leur appartement de fonction.

Je suis en colère et j’ai la rage, parce qu’aujourd’hui, mon hôpital fait face à une crise sans précédent, tandis que celles et ceux qui l’ont vidé de ses forces sont loin. Parce que mon hôpital a été pris pour un putain de tremplin pour des directeurs aussi éphémères qu’incompétents qui ne visaient que la direction d’un CHU et qui sont passés par Mulhouse histoire de prouver qu’ils savaient mener une politique d’austérité bête et méchante… Parce que mon hôpital a été la cible d’injonctions insensées au nom d’une obscure certification, pour laquelle il semblait bien plus important de montrer une traçabilité sans faille plutôt qu’une qualité de soin humain.

Parce qu’en gros, mon hôpital ne fut rien de plus qu’un cobaye pour des administrateurs dont seule l’autovalorisation égoïste avait de l’importance. Parce qu’au-delà de mon hôpital, ce sont les personnes qui y sont accueillies qui ont été considérées comme des valeurs négligeables, des chiffres parmi d’autres, des variables sur la ligne recettes/dépenses. Parce que dans l’esprit bêtement comptable de la direction générale de l’organisation des soins, patients et soignants sont tous dans le même panier d’un lean management des plus écœurants…

Les premiers de cordée et leur respirateur

Je suis en colère et j’ai la rage, quand je me souviens des premiers de cordée censés tenir notre pays, censés être le fer de lance de notre pays, censés nous amener, nous, petites gens, vers des sommets ; et que ce sont ces petites gens, ces caissières de supermarché, ces éboueurs dans nos rues, ces ASH dans nos hôpitaux, ces agriculteurs dans les champs, ces manutentionnaires amazone, ces routiers dans leurs camions, ces secrétaires à l’accueil des institutions, et bien d’autres, qui permettent aux habitants de continuer de vivre, de se nourrir, de s’informer, d’éviter d’autres épidémies… Pendant que les premiers de cordée lorgnent leur respirateur artificiel personnel, le prospectus de la clinique hi-tech dernier cri qui les sauvera au cas où, regardent les fluctuations de la Bourse comme d’autres comptent les cadavres dans leur service.

Je suis en colère et j’ai la rage envers ces hommes et ces femmes politiques qui n’ont eu de cesse de détruire notre système social et de santé, qui n’ont eu de cesse de nous expliquer qu’il fallait faire un effort collectif pour atteindre le sacro-saint équilibre budgétaire (à quel prix ?) ; que «les métiers du soin, c’est du sacrifice, de la vocation»… Ces politiques qui aujourd’hui osent nous dire que ce n’est pas le temps des récriminations et des accusations, mais celui de l’union sacrée et de l’apaisement… Sérieux ? Vous croyez vraiment que nous allons oublier qui nous a mis dans cette situation ? Que nous allons oublier qui a vidé les stocks de masques, de tests, de lunettes de sécurité, de solutions hydroalcooliques, de surchaussures, de blouses, de gants, de charlottes, de respirateurs (de putain de respirateurs tellement primordiaux aujourd’hui) ? Que nous allons oublier qui nous a dit de ne pas nous inquiéter, que ce n’était qu’une grippe, que ça ne passerait jamais en France, qu’il ne servait à rien de se protéger, que même pour les professionnels, les masques, c’était too much ?

Que nous allons oublier l’indifférence et le mépris pour ce qui se passait chez nos sœurs et nos frères chinois, chez nos sœurs et nos frères iraniens, chez nos sœurs et nos frères italiens, et ce qui se passera sous peu chez nos sœurs et nos frères du continent africain et chez nos sœurs et nos frères latino-américains ? Nous n’oublierons pas ! Tenez-le-vous pour dit…

Je suis en colère et j’ai la rage, car je vis depuis une semaine avec cette satanée boule dans la gorge, cette envie de me prostrer, de pleurer toutes les larmes de mon corps, quand j’écoute la détresse et la souffrance de mes collègues, quand ils et elles me parlent du fait de ne pas pouvoir embrasser leurs enfants parce que personne ne peut être sûr de ne pas ramener le virus, lorsque s’expriment les moments de craquage dans la voiture avant et après la journée de travail, quand je pense aux ravages à venir, psychiquement parlant, lorsque tout ça sera derrière nous, et qu’il y aura le temps de penser…

L'actu Libé, tous les matins.

Je suis en colère et j’ai la rage, mais surtout un désespoir profond, une tristesse infinie…

Je suis en colère et j’ai la rage, et je ne peux pas les laisser sortir pour le moment. Elles se tapissent au fond de mon âme, me consumant à petit feu. Mais sous peu, une fois que ce sera calme, je les laisserai jaillir, cette colère et cette rage, comme tous ceux et toutes celles qui les ont enfouies. Et croyez-moi, ce moment viendra. Elles flamberont, et nous exigerons justice, nous demanderons des comptes à tous ceux qui nous ont conduits dans ce mur terrible. Sans violence. A quoi bon ? Non, avec une humanité et une sagesse dont ils sont dépourvus. Entendez-vous cette petite musique ? Celle qui se murmure tout bas mais qui monte en puissance ? Ce refrain des Fugees : «Ready or not, here I come ! You can hide ! Gonna find you and take it slowly ! » Nous arrivons… »

 
Liste d'échange entre les comités locaux.

27 mars 2020

La crise est l’oc­ca­sion de faire pas­ser des poli­tiques impo­pu­laires

 

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Comment l’élite mondiale va tenter d’exploiter la pandémie (Vice)

La crise est l’oc­ca­sion de faire pas­ser des poli­tiques impo­pu­laires

Le coro­na­vi­rus est offi­ciel­le­ment une pan­dé­mie mon­diale qui a jus­qu’à pré­sent infec­té dix fois plus de per­sonnes que le SRAS en 2003. Aux États-Unis, des écoles, des uni­ver­si­tés, des musées et des théâtres ferment leurs portes, et bien­tôt, des villes entières en feront autant. Les experts aver­tissent que cer­taines per­sonnes soup­çon­nés d’être atteintes du virus aux États-Unis pour­suivent leur rou­tine quo­ti­dienne, parce que leur emploi ne leur per­met pas de prendre des congés payés en rai­son des défaillances sys­té­miques du sys­tème de san­té amé­ri­cain pri­va­ti­sé.

La plu­part d’entre nous (N.T : pour les citoyens amé­ri­cains) ne savent pas exac­te­ment quoi faire ou qui écou­ter. Le pré­sident Donald Trump a contre­dit les recom­man­da­tions des centres de contrôle et de pré­ven­tion des mala­dies, et ces mes­sages contra­dic­toires ont réduit notre marge de manœuvre pour atté­nuer les dégâts cau­sés par ce virus hau­te­ment conta­gieux.

Ce sont les condi­tions par­faites pour que les gou­ver­ne­ments et l’é­lite mon­diale mettent en œuvre des pro­grammes poli­tiques qui, autre­ment, ren­con­tre­raient une grande oppo­si­tion si nous n’é­tions pas tous aus­si déso­rien­tés. Cette chaîne d’é­vé­ne­ments n’est pas exclu­sive à la crise déclen­chée par le coro­na­vi­rus ; c’est le pro­jet que les poli­ti­ciens et les gou­ver­ne­ments pour­suivent depuis des décen­nies, connu sous le nom de “doc­trine de choc”, un terme inven­té par l’ac­ti­viste et autrice Nao­mi Klein dans un livre du même nom en 2007.

L’his­toire est une chro­nique des “chocs” — les chocs des guerres, des catas­trophes natu­relles et des crises éco­no­miques — et de leurs consé­quences. Ces suites sont carac­té­ri­sées par le “capi­ta­lisme catas­trophe” — des “solu­tions” cal­cu­lées et de libre mar­ché aux crises qui exploitent et exa­cerbent les inéga­li­tés exis­tantes.

Selon M. Klein, nous assis­tons déjà à un capi­ta­lisme catas­tro­phique sur la scène natio­nale : en réponse au coro­na­vi­rus, M. Trump a pro­po­sé un plan de relance de 700 mil­liards de dol­lars qui com­prend des réduc­tions des charges sociales (qui dévas­te­raient la sécu­ri­té sociale) et four­ni­rait une aide aux indus­tries en manque d’op­por­tu­ni­tés d’affaires à cause de la pan­dé­mie. “Ils ne le font pas parce qu’ils pensent que c’est le moyen le plus effi­cace de sou­la­ger la souf­france lors d’une pan­dé­mie ; ils ont ces idées main­te­nant qu’ils voient une oppor­tu­ni­té de les mettre en œuvre”, a décla­ré M. Klein.

VICE s’est entre­te­nu avec Klein sur la façon dont le “choc” du coro­na­vi­rus cède la place à la chaîne d’é­vé­ne­ments qu’elle a décrite il y a plus de dix ans dans La doc­trine du choc.

* * *

VICE : Com­men­çons par l’es­sen­tiel. Qu’est-ce que le capi­ta­lisme de catas­trophe ? Quel est son rap­port avec la “doc­trine de choc” ?

La façon dont je défi­nis le “capi­ta­lisme catas­trophe” est très simple : il décrit la façon dont les indus­tries pri­vées émergent pour béné­fi­cier direc­te­ment des crises à grande échelle. La spé­cu­la­tion sur les catas­trophes et la guerre n’est pas un concept nou­veau, mais elle s’est vrai­ment appro­fon­die sous l’ad­mi­nis­tra­tion Bush après le 11 sep­tembre, lorsque l’ad­mi­nis­tra­tion a décla­ré ce type de crise sécu­ri­taire sans fin, et l’a simul­ta­né­ment pri­va­ti­sée et exter­na­li­sée — cela a inclus l’É­tat de sécu­ri­té natio­nale et pri­va­ti­sé, ain­si que l’in­va­sion et l’oc­cu­pa­tion [pri­va­ti­sée] de l’I­rak et de l’Af­gha­nis­tan.

La “doc­trine de choc” est la stra­té­gie poli­tique consis­tant à uti­li­ser les crises à grande échelle pour faire avan­cer des poli­tiques qui appro­fon­dissent sys­té­ma­ti­que­ment les inéga­li­tés, enri­chissent les élites et affai­blissent les autres. En temps de crise, les gens ont ten­dance à se concen­trer sur les urgences quo­ti­diennes pour sur­vivre à cette crise, quelle qu’elle soit, et ont ten­dance à trop comp­ter sur ceux qui sont au pou­voir. En temps de crise, nous détour­nons un peu les yeux, loin du jeu réel.

VICE : D’où vient cette stra­té­gie poli­tique ? Com­ment retra­cer son his­toire dans la poli­tique amé­ri­caine ?

La stra­té­gie de la doc­trine de choc était une réponse au pro­gramme du New Deal de Mil­ton Fried­man. Cet éco­no­miste néo­li­bé­ral pen­sait que tout avait mal tour­né aux États-Unis sous le New Deal : en réponse à la Grande Dépres­sion et au Dust Bowl, un gou­ver­ne­ment beau­coup plus actif a émer­gé dans le pays, qui s’est don­né pour mis­sion de résoudre direc­te­ment la crise éco­no­mique de l’é­poque en créant des emplois gou­ver­ne­men­taux et en offrant une aide directe.

Si vous êtes un éco­no­miste du libre mar­ché, vous com­pre­nez que lorsque les mar­chés échouent, vous vous prê­tez à un chan­ge­ment pro­gres­sif qui est beau­coup plus orga­nique que le type de poli­tiques de déré­gle­men­ta­tion qui favo­risent les grandes entre­prises. La doc­trine de choc a donc été déve­lop­pée comme un moyen d’é­vi­ter que les crises ne cèdent la place à des moments orga­niques où des poli­tiques pro­gres­sistes émergent. Les élites poli­tiques et éco­no­miques com­prennent que les moments de crise sont l’oc­ca­sion de faire avan­cer leur liste de sou­haits de poli­tiques impo­pu­laires qui pola­risent encore plus la richesse dans ce pays et dans le monde entier.

VICE : Nous sommes actuel­le­ment confron­tés à de mul­tiples crises : une pan­dé­mie, le manque d’in­fra­struc­tures pour la gérer et l’ef­fon­dre­ment de la bourse. Pou­vez-vous nous expli­quer com­ment cha­cun de ces élé­ments s’ins­crit dans le sché­ma que vous avez décrit dans la Doc­trine du choc ?

Le choc est en réa­li­té le virus lui-même. Et il a été trai­tée de manière à maxi­mi­ser la confu­sion et à mini­mi­ser la pro­tec­tion. Je ne pense pas que ce soit une conspi­ra­tion, c’est juste la façon dont le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain et Trump ont géré — com­plè­te­ment mal — cette crise. Jus­qu’à pré­sent, M. Trump a trai­té cette situa­tion non pas comme une crise de san­té publique mais comme une crise de per­cep­tion et un pro­blème poten­tiel pour sa réélec­tion.

C’est le pire des scé­na­rios, sur­tout si l’on tient compte du fait que les États-Unis ne dis­posent pas d’un pro­gramme natio­nal de soins de san­té et que les pro­tec­tions dont béné­fi­cient les tra­vailleurs sont très mau­vaises (par exemple, la loi n’ins­ti­tue pas d’in­dem­ni­tés de mala­die). Cette com­bi­nai­son de forces a pro­vo­qué un choc maxi­mal. Il va être exploi­té pour sau­ver les indus­tries qui sont au cœur des crises les plus extrêmes aux­quelles nous sommes confron­tés, comme la crise cli­ma­tique : l’in­dus­trie aérienne, l’in­dus­trie pétro­lière et gazière, l’in­dus­trie des bateaux de croi­sière, ils veulent conso­li­der tout cela.

VICE : Com­ment avons-nous vu cela aupa­ra­vant ?

Dans La Doc­trine du choc, je parle de ce qui s’est pas­sé après l’oura­gan Katri­na. Des groupes d’ex­perts de Washing­ton comme la Heri­tage Foun­da­tion se sont réunis et ont créé une liste de solu­tions “pro-libre mar­ché” pour Katri­na. Nous pou­vons être sûrs que le même type de réunions se tien­dront main­te­nant. En fait, la per­sonne qui a pré­si­dé le groupe Katri­na était Mike Pence (N.T : la per­sonne qui pré­side main­te­nant le dos­sier Coro­na­vi­rus). En 2008, ce mou­ve­ment s’est tra­duit par le sau­ve­tage des banques, où les pays leur ont remis des chèques en blanc, qui se sont fina­le­ment éle­vés à plu­sieurs mil­liards de dol­lars. Mais le coût réel de cette situa­tion a fina­le­ment pris la forme de vastes pro­grammes d’aus­té­ri­té éco­no­mique [réduc­tions ulté­rieures des ser­vices sociaux]. Il ne s’a­git donc pas seule­ment de ce qui se passe main­te­nant, mais aus­si de la façon dont ils vont payer à l’a­ve­nir, lorsque la fac­ture de tout cela sera due.

VICE : Y a‑t-il quelque chose que les gens peuvent faire pour atté­nuer les dégâts du capi­ta­lisme de catas­trophe que nous voyons déjà dans la réponse au coro­na­vi­rus ? Sommes-nous mieux ou moins bien lotis que nous l’é­tions pen­dant l’ou­ra­gan Katri­na ou la der­nière réces­sion mon­diale ?

Lorsque nous sommes mis à l’é­preuve par la crise, soit nous nous replions et nous nous effon­drons, soit nous gran­dis­sons, et nous trou­vons des réserves de force et de com­pas­sion dont nous ne savions pas que nous étions capables. Ce sera l’un de ces tests. La rai­son pour laquelle j’ai un cer­tain espoir que nous puis­sions choi­sir d’é­vo­luer est que — contrai­re­ment à 2008 — nous avons une alter­na­tive poli­tique si réelle qu’elle pro­pose un type dif­fé­rent de réponse à la crise qui s’at­taque aux causes pro­fondes de notre vul­né­ra­bi­li­té, et un mou­ve­ment poli­tique plus large qui la sou­tient.

C’est ce sur quoi ont por­té tous les tra­vaux sur le Green New Deal : se pré­pa­rer à un moment comme celui-ci. Nous ne pou­vons pas nous décou­ra­ger ; nous devons plus que jamais nous battre pour l’u­ni­ver­sa­li­té des soins de san­té, des gardes d’en­fants, des congés de mala­die payés, tout cela est étroi­te­ment lié.

VICE : Si nos gou­ver­ne­ments et l’é­lite mon­diale vont exploi­ter cette crise à leurs propres fins, que peuvent faire les gens pour s’en­trai­der ?

“Je vais prendre soin de moi et des miens, nous pou­vons obte­nir la meilleure assu­rance mala­die pri­vée qui soit, et si vous ne l’a­vez pas, c’est pro­ba­ble­ment votre faute, ce n’est pas mon pro­blème” : voi­là ce que ce genre d’é­co­no­mie de win­ner met dans nos cer­veaux. Ce qu’un moment de crise comme celui-ci révèle, c’est notre inter­re­la­tion les uns avec les autres. Nous consta­tons en temps réel que nous sommes beau­coup plus inter­con­nec­tés les uns avec les autres que notre sys­tème éco­no­mique bru­tal ne le laisse croire.

Nous pou­vons pen­ser que nous serons en sécu­ri­té si nous béné­fi­cions de bons soins médi­caux, mais si la per­sonne qui pré­pare ou livre notre nour­ri­ture, ou qui emballe nos boîtes n’a pas de soins médi­caux et ne peut pas se per­mettre d’être exa­mi­née, et encore moins res­ter à la mai­son parce qu’elle n’a pas de congé de mala­die, nous ne serons pas en sécu­ri­té. Si nous ne pre­nons pas soin les uns des autres, aucun d’entre nous ne sera en sécu­ri­té. Nous sommes coin­cés.

Les dif­fé­rentes manières d’or­ga­ni­ser la socié­té favo­risent ou ren­forcent dif­fé­rentes par­ties de nous-mêmes. Si vous êtes dans un sys­tème qui, vous le savez, ne prend pas soin des gens et ne dis­tri­bue pas les res­sources de manière équi­table, alors notre pul­sion d’ac­cu­mu­la­tion sera en alerte. Gar­dez donc cela à l’es­prit et réflé­chis­sez à la manière dont, au lieu de vous entas­ser et de pen­ser à la façon dont vous pou­vez prendre soin de vous-même et de votre famille, vous pou­vez chan­ger et réflé­chir à la façon dont vous pou­vez par­ta­ger avec vos voi­sins et aider les per­sonnes les plus vul­né­rables.

Interview par Marie Solis

Traduction : ZIN TV https://zintv.org/naomi-klein-comment-lelite-mondiale-va-tenter-dexplo...

Source en anglais : https://www.vice.com/en_us/article/5dmqyk/naomi-klein-interview-on-cor...

Naomi Klein est une journaliste, essayiste réalisatrice et altermondialiste canado-américaine ayant écrit de nombreux ouvrages de militantisme politique pointant les défaillances du capitalisme, du néolibéralisme et de la mondialisation. Elle a étudié à l’Université de Toronto et à la London School of Economics.

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26 mars 2020

Tout le monde savai

 

Tout le monde savait. Nous pouvions anticiper la pandémie de coronavirus 

Commencez

La pandémie qui oblige plus de trois milliards d’humains à rester confinés chez eux semble être arrivée par surprise, comme un fléau tombé du ciel. La plupart des dirigeants des États qui nous gouvernent jurent la main sur le cœur que cette pandémie est un événement unique, jamais vu, d’une ampleur inattendue. Dès lors, face à cet imprévu en forme de force majeure, les politiques reposent nécessairement sur des réactions, plus ou moins rationnelles, des méthodes plus ou moins validées, mais dans tous les cas, un vague sentiment d’improvisation et de tâtonnement prédomine ; alors que les décomptes macabres des morts ne cessent de se dérouler, implacablement. Pourtant, cette émergence d’un nouveau coronavirus était prévisible, et le tocsin avait été sonné à plusieurs reprises. En vain. Comme si nous étions atteints d’une étrange surdité quand une catastrophe est annoncée.  

Le spectacle du monde est très étrange : en quelques jours, trois milliards d’humains ont reçu l’ordre de rester confinés chez eux. Les économies d’à peu près tous les pays que compte la Terre mettent un genou à terre, quand elles ne sont pas atteintes d’une embolie sévère. Les oiseaux gazouillent dans les frondaisons de nos villes, les rues sont désertes de toute circulation, l’air deviendrait extraordinairement respirable si l’on pouvait se promener pour nous en délecter. Les couples confinés dans leurs appartements réapprennent à vivre ensemble, les travailleurs ont découvert en quelques instants que le télétravail n’était pas un luxe de bobo. Des milliards venus du ciel coulent à gogo pour aider des secteurs entiers de l’économie. La vie nouvelle serait presque belle s’il n’y avait en ce printemps délicieux ce parfum de mort, ces échos d’hôpitaux bondés, de cercueils entassés et de centaines de milliers de malades angoissés.

Sont-ils devenus fous ?

Dans ce paysage surréaliste, les dirigeants des États semblent avoir complètement perdu leurs repères. On distingue ici un président français martelant d’un air martial que nous sommes en guerre contre un ennemi… microscopique, une chancelière allemande claquemurée dans une quarantaine commode, un chef anglais faisant des valses hésitations pour finalement tourner en rond, un leader américain tweetomane hésitant dans le choix de son personnage : cabot outrancier devant ses électeurs ou comique troupier devant ses armées sanitaires.

Les dirigeants du monde seraient-ils devenus fous ? Incapables de faire des choix dans une situation à laquelle ils n’étaient pas préparés, ils se retranchent au jour le jour derrière les oracles des scientifiques, ils guettent d’autres courbes que celles de leur image, celles de leurs morts. Ils flattent, aiguillonnent, menacent pour que les chercheurs s’activent à trouver l’arme fatale contre le virus. Ils se jettent sur tout ce qui pourrait servir leur intérêt en détournant des cargaisons de produits d’urgence destinés à d’autres pays ou en tentant de s’approprier, à la hussarde, brevets et compétences. Les uns cherchent des masques, les autres des respirateurs ou des lits de réanimation. C’est panique à bord. On ferme boutique. On ferme les frontières. On se claquemure. La solidarité entre États n’est devenue qu’un vieux souvenir, quant à l’Europe, elle brille par son absence. Dans ce charivari du monde, on distingue des bataillons de nouveaux héros en blouse blanche qui font ce qu’ils peuvent avec ce qu’on leur donne. Ils sont en première ligne pour sauver des vies et la population le sait et les applaudit.

Une petite bestiole dont on ne connaissait pas le nom il y a encore trois mois. Une petite chose qui nous met échec et mat et révèle toute l’étendue de nos fragilités.Le spectacle se déroule sous nos yeux dans un monde de haute intelligence, dans un monde qui veut aller sur Mars et sait manipuler les secrets de la matière ; dans un monde de grande technologie où l’on veut reculer les limites de l’âge et enfoncer celles de la nature. Ce monde si sûr de lui, conquérant et dominateur est fracassé par un virus. Une petite bestiole dont on ne connaissait pas le nom il y a encore trois mois. Une petite chose qui nous met échec et mat et révèle toute l’étendue de nos fragilités.

La première d’entre elles est notre incapacité atavique à envisager la catastrophe. Le philosophe Jean-Pierre Dupuy est un des grands penseurs de la catastrophe. « La catastrophe a ceci de terrible écrit-il que non seulement on ne croit pas qu’elle va se produire alors même qu’on a toutes les raisons de savoir qu’elle va se produire, mais qu’une fois qu’elle s’est produite elle apparaît comme relevant de l’ordre normal des choses. Sa réalité même la rend banale. »

Avant que la catastrophe ne se produise, personne n’y croit ; quand elle advient, elle entre sans embarras dans le registre du réel. C’est exactement ce qui se passe avec cette pandémie du coronavirus. Elle était annoncée. De nombreuses voix ont alerté le monde sur l’imminence d’une pandémie. Tous les détails y étaient. Ils sont restés « inouïs » au sens étymologique du terme : non-entendus.

Chronique d’une catastrophe annoncée

UP’ Magazine s’est plusieurs fois fait l’écho de ces prévisions et de cette catastrophe pandémique annoncée. À force même de nous répéter, comme d’autres médias, le procès en diffuseur de mauvaises nouvelles à des fins de sensationnalisme a parfois été fait. Pourtant les écrits restent et ces messages méritent d’être revus à la lumière du jour.

Le 12 février 2018, le directeur général de l’OMS prend la parole devant un parterre de choix : celui du sommet des gouvernements qui se tient à Dubaï. Dans un silence glacial, il annonce que l’apocalypse n’a jamais été aussi proche. « Il ne s’agit pas d’un scénario cauchemardesque du futur » dit-il. « C’est ce qui s’est passé il y a exactement cent ans pendant l’épidémie de grippe espagnole ».

Sur un ton terriblement grave il poursuit : « Une épidémie dévastatrice pourrait commencer dans n’importe quel pays à tout moment et tuer des millions de personnes parce que nous ne sommes pas encore prêts. Le monde reste vulnérable. »

Une épidémie aux conséquences désastreuses tant sur la vie humaine que sur l’économie.Il ajoute : « Ce que nous savons, c’est qu’elle aura des conséquences désastreuses tant sur la vie humaine que sur l’économie. » Il termine en appelant les chefs d’États et de gouvernements assis devant lui à mettre les moyens pour éviter que ce soit un agent pathogène qui prenne le contrôle.

Résultat : rien.

Autre message, début mai 2018, cette fois-ci d’un nom très connu du grand public : Bill Gates, le fondateur de Microsoft. Informé par les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il est persuadé que la probabilité de l’émergence d’une pandémie ne cesse d’augmenter. Ce personnage n’est pas du genre à se délecter de mauvaises nouvelles ; c’est un optimiste qui croit en l’intelligence de l’homme. Pourtant, le discours qu’il tient dans la prestigieuse enceinte du MIT devant un aréopage de médecins donne des frissons. Il assène : « Si vous disiez aux gouvernements du monde entier que des armes qui pourraient tuer 30 millions de personnes sont actuellement en construction, il y aurait un sentiment d’urgence à se préparer à la menace. »

Trouver des moyens pour lutter contre une maladie mortelle émergente.Nous sommes en apparence mieux préparés que nous ne l’étions pour les pandémies précédentes, explique-t-il. Nous avons des médicaments antiviraux qui peuvent, dans de nombreux cas, améliorer les taux de survie. Nous avons des antibiotiques qui peuvent traiter les infections secondaires comme la pneumonie associée à la grippe. Mais, dit-il en substance, nous ne sommes pas encore assez efficaces pour identifier rapidement la menace d’une maladie et coordonner une réponse. Il termine en un appel aux gouvernements à trouver des moyens avec l’aide du secteur privé pour mettre au point des technologies et des outils en mesure de lutter contre une maladie mortelle émergente.

Résultat : rien.

Troisième exemple, début juin 2018. Une équipe de scientifiques du Johns Hopkins Center for Health Security publie un rapport intitulé « The Characteristics of Pandemic Pathogens », qui établit un cadre pour l’identification des micro-organismes naturels posant « un risque biologique catastrophique global » (GCBR dans la terminologie des experts de santé publique). Ces « GCBR » sont des événements dans lesquels des agents biologiques pourraient conduire à une catastrophe soudaine, extraordinaire et généralisée, au-delà de la capacité collective des gouvernements nationaux et internationaux et du secteur privé à la contrôler.

Pour les chercheurs, la prochaine pandémie ne viendra pas d’un virus à haut taux de mortalité, mais d’un virus banal, de la famille de ceux qui nous assaillent en hiver comme les rhinovirus ou coronavirus, par exemple. Ils ne sont que peu mortels mais leur potentiel pandémique est énorme. Les auteurs soulignent en effet que pour déstabiliser les gouvernements, l’économie, les sociétés, et toutes les organisations sanitaires, la mortalité importe moins qu’un taux très élevé de personnes malades en même temps. Il est avéré qu’un virus peu mortel mais extrêmement contagieux, notamment par les voies aériennes, peut finalement provoquer une hécatombe.

Portrait-robot du futur agent pandémique : un coronavirus à ARN d’origine respiratoireLes travaux de l’équipe de recherche aboutissent à un portrait-robot du futur agent pandémique. Son mode de transmission, conclut l’équipe, sera très probablement respiratoire. Il sera contagieux pendant la période d’incubation, avant l’apparition des symptômes ou lorsque les personnes infectées ne présentent que des symptômes bénins. Enfin, il aura besoin de facteurs spécifiques à la population hôte (par exemple, des personnes non immunisées contre lui) et d’autres caractéristiques de pathogénicité microbienne intrinsèque (par exemple un taux de létalité faible mais significatif), autant de traits qui, ensemble, augmentent considérablement la propagation de la maladie et l’infection. D’autant que, parmi les critères, les chercheurs ajoutent que cet agent pathogène se distingue par le fait qu’aucun traitement direct ou méthode de prévention n’existe à ce jour contre lui.

Parmi tout le bestiaire de microbes que les chercheurs ont analysé, ils en distinguent une famille particulière : celle des virus à ARN comme le coronavirus du SRAS par exemple. Les chercheurs recommandent donc de fixer comme une grande priorité la surveillance des infections humaines causées par des virus à ARN d’origine respiratoire. Des programmes de recherche clinique visant à optimiser le traitement des virus à ARN à diffusion respiratoire devraient être mieux financés. Enfin, les auteurs du rapport appellent à un renforcement de la priorité de la recherche sur les vaccins contre les virus respiratoires à ARN, y compris un vaccin antigrippal universel.

Résultat : rien.

Ils savaient

Ces messages datent de 2018. Ils ont sans doute été lus et vus par des cohortes de responsables dans le monde. Les politiques, les gouvernants, les autorités sanitaires des États en avaient connaissance. C’est incontestable.

Ont-ils pour autant pris les mesures qu’il fallait ? La même année 2018, en France, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a-t-elle vérifié les stocks de masques dont le pays a besoin ? S’est-elle demandé si nous disposions de suffisamment de lits de réanimation ou de respirateurs, ou de matériels de test ? Qu’ont fait ses collègues dans les autres pays ? Le président Trump a-t-il pris les mesures pour protéger les citoyens américains de la vague épidémique qui va déferler sur son pays ? Certes il a un mot d’excuse :  il était très occupé à twitter des âneries. Quelles mesures a pris le monde face à la bombe à retardement épidémique qui menace d’exploser en Afrique ? 

Alors que les annonces de la catastrophe se faisaient plus pressantes…Alors que les annonces de la catastrophe se faisaient plus pressantes écritle biologiste Eric Muraille, le sous-financement et la gestion managériale de la recherche fondamentale ainsi que des services de santé réduisaient, en France notamment, notre capacité d’anticiper et de répondre aux épidémies. Chercheurs précarisés, réseaux coopératifs entre équipes de recherche fragilisés, cette situation ne favorise pas le maintien des compétences et l’exploration de nouveaux domaines de recherche pouvant contribuer à mieux connaître les agents infectieux émergents et à identifier les nouvelles menaces. La pratique du flux tendu dans les hôpitaux, devenue la norme, qui réduit leur capacité à faire face à des crises sanitaires majeures. Les baisses de financement de ces services publics depuis des années comme la gestion court-termiste du système de santé publique a, de facto, éteint toute capacité d’anticipation. Le président Macron a bien juré dans son allocution du 20 mars : « Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». N’est-ce pas déjà trop tard ?

Il faudra bien un jour ou l’autre tirer les leçons de cette crise sanitaire qui secoue le monde. D’autant que les catastrophes ne manqueront pas de se reproduire. Climatiques cette fois-ci. Elles aussi sont annoncées à cor et à cris. Nous savons que nous aurons dès l’été prochain des épisodes caniculaires meurtriers, peut-être même avant que nous ne soyons remis de l’épisode coronavirus. Nous savons que la mer grignote les côtes partout sur la planète. Nous savons que des millions de réfugiés climatiques vont s’agglutiner aux frontières. Nous savons que le monde va devenir irrespirable, nous savons que notre alimentation, notre eau, nos enfants sont en danger. Nous savons.

 

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J’ai toujours aimé la nuit

 

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J’ai toujours aimé la nuit, Patrick Chamoiseau, ed. Sonatine

Un roman noir, très noir et d’une beauté nocturne flamboyante par une écriture qui nous transporte hors champ des évidences.

Le commandant Eloi Ephraim Evaristo Pilon vit les dernières heures avant son départ à la retraite lorsqu’il est averti d’un crime particulièrement odieux. Il reconnaît dans ce crime l’irruption du monstre que toute sa vie a cherché à traquer. C’est l’occasion unique our partir auréolé de gloire.Mais ce policier intègre, sérieux, tout dévoué à son travail a oublié au fil des ans qu’il avait une femme, décédée à présent et sa fille Caroline qui file du mauvais coton.Pour l’heure, placée en institution, le commissaire vient d’apprendre que sa fille a fugué.  Les choses se compliquent mais le commandant de police avait raison. il avait retrouvé la trace d’Hypérion Victimaire     et ce dernier le tient en joug. Tout au long d’un longs monologue adressé au policier, le meurtrier décrit la déchéance de la société martiniquaise, la perte de repères de la jeunesse, de sa misère sociale et morale, et, ceci est proféré d’une voix douce dans un langage nourri de références culturelles et de poésies surprenantes. Alors que le policier s’en étonne, lui-même étant amateur de poésie, il perçoit cet être inquiétant et fascinant est le seul à pouvoir lui retrouver sa fille.

Avec ce thriller Patrick Chamoiseau nous embarque de façon somptueuse dans les méandres d’une violence inouïe.

Il faut se laisser porter par ce roman beau, sombre et surprenant.

Niurka Règle

passage :

Une sorte d’abime, inspectère, dans lequel nous avons basculé sans nous en percevoir. Et je vais même te dire plus : si des gens comme Hortensius Capilotas existent, ou un archange comme moi, et si tous ces monstres que je châtie sont si nombreux, et nous désespèrent tant, c’est que cette chose qui a été créée par l’homme a explosé en nous et nous possède comme l’aurait fait le pire des démons.

 

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25 mars 2020

Premiers de cordée

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Prenez soin de vous et des autres 
Valérie Brûlant, pour le CA d’Attac pays d’Aix

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Premiers de cordée

C’était dans un État, appelé Macronie,
Les premiers de cordée en étaient les génies, 
Les forces vives, les guides irremplaçables,
A la vie du pays, seuls indispensables.
Méritant largement tout l’argent qu’ils gagnaient
Pensant que la richesse, c’est eux qui la créaient.
 
Bien au chaud dans leur bulle, entre gens honorables,
Ils n’avaient pour les autres qu’ignorance confortable.
Chauffeurs d’autobus, infirmières et caissières,
Agents de propreté, postiers et boulangères,
Ouvriers, ouvrières, agents électriciens ...
Fondus dans le décor, tous ces gens n’étaient rien. 
 
Ils s’habillèrent de jaune, aux ronds-points c’est pratique,
Pour être bien visibles, discuter politique,
Réclamant bêtement plus de services publics,
Complètement impensable en bonne république !
Ils avaient grand besoin surtout d’être écoutés,
Trouver la dignité et la fraternité.
Dangereux extrémistes, casseurs, activistes,
Tel fut leur portrait dans la presse macroniste .
 
Mais par un jour de mars, la surprise arriva,
Le coronavirus montra qu’il était là.
Beaucoup furent atteints, la peur se répandit,
Macronie débordée par cette épidémie :
Même les plus puissants pouvaient être touchés,
L’économie souffrit, affolés les marchés !
Il se passa alors un phénomène bizarre,
La corde changea de sens, vraiment pas par hasard.
Une sorte de tête-à-queue, un beau changement de pied,
Les derniers de cordée furent alors les premiers !
On vit que c’étaient eux les vrais indispensables. 
Grâce à eux le pays restait encore vivable.
Chauffeurs d’autobus, infirmières et caissières,
Agents de propreté, postiers et boulangères,
Ouvriers, ouvrières, agents électriciens …
La parole macronienne s’y adapta très bien.
Ils furent encensés :  modèles de dévouement !
Alors pour les soignants ? plus de lits, plus de gens ?
Que nenni ! des paroles et des encouragements,
Sur un ton pénétré, ce sera suffisant.
De son PC de guerre : « Mes chers compatriotes,
Les services publics sont notre bien commun, 
La solidarité est notre seul chemin.
Et bla et bla et bla et surtout blablabla... 
 
Moralité : Ce « nouveau » président croit-il vraiment tout ça?
A vous de le penser ou de n’y croire pas !
Si vous êtes sceptiques, ne baissez pas les bras,
On ne lâchera rien confinement ou pas.
Le combat continue, Attac est toujours là !

Quelou – 20 mars 2020
 

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21 mars 2020

le coronavirus et mondialisation néolibérale

Le coronavirus révèle l’extrême fragilité de la mondialisation néolibérale

Durée de lecture : 5 minutes

13 mars 2020 / Jean Gadrey 

     

Un krach financier dû au coronavirus est fort probable. Plutôt que de se réjouir d’une récession mondiale imposée qui aurait des effets humains dévastateurs, « la crise actuelle peut agir comme un révélateur des fragilités extrêmes de la mondialisation et contribuer à sa condamnation », écrit l’auteur de cette tribune.

Jean Gadrey, économiste, professeur honoraire à l’Université Lille I, est l’auteur d’Adieu à la croissance — bien vivre dans un monde solidaire (Les Petits matins, 2015).


Si l’on en croit les éditorialistes économiques qui tiennent le haut du pavé médiatique, le grand péril lié à la diffusion potentiellement mondiale du coronavirusn’est pas de type sanitaire comme le pensent les personnes ordinaires qui n’ont pas été formées ni déformées par l’économie. Les malades, les morts par milliers, certes c’est fâcheux. Mais il y a bien pire : la croissance mondiale est terriblement affectée, voire infectée. L’économie tousse et le phénomène devient, lui aussi, viral.

D’abord, la croissance chinoise est en train de plonger. Certains évoquent déjà en frémissant une récession à venir (Le Monde du 4 mars 2020) dans l’Empire du milieu, qui était devenu le symbole de l’hyper croissance : la croissance de l’économie chinoise entre 1983 et 2013 a été de 10,2 % par an en moyenne, ce qui laisse très loin derrière nos modestes « Trente Glorieuses ». Il est vrai qu’un essoufflement s’est produit depuis une dizaine d’années, avec « seulement » 8,1 % en moyenne entre 2008 et 2018, un petit 6,6 % en 2018 et 6,1 % en 2019.

Le virus de la récession mondiale menace désormais, par une contamination qu’on ne peut freiner en se lavant les mains, tous les pays dits industrialisés, puis probablement d’autres. Pourquoi d’abord ces pays ? Parce que ce « récessovirus »se propage surtout par voie aérienne et maritime (pour les marchandises et les personnes), et par voie électronique (pour la sphère financière) entre des espaces industriels, commerciaux, financiers et touristiques « développés ».

Les Echos, le 10 mars 2020.

Un monde du capitalisme financier où les banques systémiques et les fonds d’investissement et de pension font la loi tant que ça rapporte (et exigent des deniers publics pour les sauver sinon), où les Bourses dominent l’économie, où les multinationales ont joué la mise en concurrence de pays qui se mettent, sous leur influence, au dumping social, écologique et fiscal. Un monde et des pays où la dérégulation est devenue la règle, qu’il s’agisse de la finance, des accords dits de libre-échange et de libre investissement qui donnent de plus en plus de pouvoir aux multinationales, y compris pour fixer les règles du jeu contre les États.

Dans ce contexte, celui de la mondialisation financière néolibérale, le coronavirus joue le rôle d’une simple allumette capable de mettre feu à tout un immeuble parce que ce dernier est construit avec des matériaux hautement inflammables, parce que les conduites de gaz sont percées, parce qu’il n’y a pas d’alarme incendie ni de services de pompiers. Bien d’autres allumettes auraient pu et peuvent encore mener à une possible récession liée à un krach boursier [1].

Pour les objecteurs de croissance, dont je fais partie, il est tentant de voir dans la crise actuelle un argument de poids : les émissions mondiales de gaz à effet de serre et toutes les autres pollutions reculent fortement sous l’effet de cette nette décrue de la croissance mondiale. Alors, vive le virus qui a « produit » cette démonstration en vraie grandeur ?

Un scénario de récession mondiale dans les structures économiques et sociales actuelles n’a rien de désirable humainement et socialement

Emprunter cette voie est pourtant déconseillé. D’abord, rien ne dit pour l’instant que le freinage de la croissance durera plus de quelques mois, même si la probabilité d’un krach financier est forte. Ensuite, un scénario de récession mondiale dans les structures économiques et sociales actuelles n’a rien de désirable humainement et socialement — cela provoquerait encore plus d’exclusion, de chômage et de détresse, et certainement pas un réveil écologique — pas plus qu’un scénario de pandémie mondiale qui toucherait alors les populations les plus fragiles. Puis, associer dans les esprits les bienfaits de la sobriété choisie et un virus mortel autour duquel les grands médias jouent à « plus anxiogène que moi tu meurs » n’est pas le meilleur moyen de convaincre. Enfin et surtout, ce serait confondre l’allumette et le système inflammable du libéral-croissancisme financier. Aller directement du virus à la croissance ou décroissance est une erreur. Il faut mettre en cause ce système et son extrême fragilité face à des chocs qui reviendront régulièrement. Le coronavirus n’est pas un bon allié des objecteurs de croissance s’ils en font un usage simpliste.

Pour le dire autrement, un coronavirus n’aurait qu’un impact très limité sur l’économie dans un monde où la finance serait sous contrôle public, où la monnaie serait un bien commun, où la majorité des productions essentielles (y compris énergétiques) serait relocalisée, ou la sobriété matérielle et énergétique supplanterait le consumérisme, et où l’on mettrait fin à la domination économique et politique des multinationales.

En revanche, la crise actuelle peut agir comme un révélateur des fragilités extrêmes de la mondialisation libérale-croissanciste et contribuer à sa condamnation. D’autres crises antérieures n’ont pas suffi pour la mettre en accusation avec suffisamment de poids. Il n’est pas certain qu’on y parvienne avec celle-ci, mais il faut tenter.


     

 


[1Voir ce billet publié sur le blog de Jean Gadrey.

 

 

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20 mars 2020

Cuba, coopération

 

Les nouveautés depuis le 12 mars 2020

 

La lettre électronique Hebdo de Cubacoopération

Chères Amies, Chers Amis,

L’actualité que nous connaissons, avec la pandémie du coronavirus Covid-19 qui sévit dans notre pays, et dans le monde, bouleverse notre quotidien.

Mais cela met aussi en avant les valeurs fortes que sont la solidarité et le besoin impérieux d’un système de santé public et de haut niveau.

Il y a quinze jours, je soulignais cette question en rappelant dans l’éditorial de notre site comment Cuba était en pointe dans ce domaine de la santé, pour sa population et l’aide que la grande île pouvait apporter à ceux qui en ont besoin.

Cet éditorial a été repris et cité par la presse nationale cubaine, et je n’imaginais pas encore que l’actualité montrerait que les moyens dont disposent Cuba sont aujourd’hui aussi importants et décisifs.

Comme toujours les médias restent silencieux sur l’apport que Cuba peut offrir pour lutter contre cette pandémie mondiale.

Pourtant, vous devez savoir que le 14 mars, un haut responsable italien, Giulio Gallera, Ministre Régional de la Santé et du Bien-être de Lombardie dont la capitale est Milan, a officiellement demandé l’aide médicale cubaine auprès de l’Ambassade de Cuba en Italie.

Cuba a immédiatement répondu favorablement à cette demande et une brigade de médecins cubains spécialisés a été aussitôt envoyée le 15 mars en Italie, pays d’Europe cruellement touché par ce coronavirus.

D’autres contingents de médecins cubains, dans de nombreux pays où ils sont déjà présents, participent à la lutte contre la pandémie, et de nouveaux renforts viennent aussi d’être déployés, notamment en Amérique Latine et au Venezuela.

De plus, un médicament cubain, développé par un laboratoire de biotechnologie cubaine du groupe BioCubaFarma, l’interferon alpha 2b, a été utilisé par les chinois pour lutter contre le virus covid-19.

Ce médicament est également produit en Chine, dans l’entreprise sino-cubaine ChangHeber de la ville de Changchun. C’est un antiviral qui renforce les défenses des cellules atteintes et est déjà utilisé pour lutter contre les infections virales comme le VIH, les papillomatoses respiratoires, les hépatites B et C, en plus d’être efficace dans les thérapies contre certains types de cancer.

Peut-être que les autorités françaises pourraient se rapprocher des autorités cubaines, pour, comme les italiens, solliciter l’aide et l’apport de Cuba dans la lutte contre ce coronavirus.

A Cuba, toutes les dispositions sont prises pour préserver la population. Les médecins de proximité s’assurent régulièrement de l’état de leurs patients en leur rendant visite à domicile.

Dans les écoles et les lieux de travail, des répétitions des conduites à tenir sont organisées chaque jour pour éviter la contamination.

Des personnes contaminées, des touristes, ont été détectées à Cuba, et ont été immédiatement prises en charge dans un hôpital hautement spécialisé, l’Institut Pedro Kouri (IPK) de La Havane.

L’IPK est un établissement public de santé cubain, de renommée internationale, en pointe dans la lutte contre les maladies virales et tropicales.

Enfin, la solidarité de Cuba n’est pas un vain mot : un bateau de croisière avec des voyageurs infectés par le Covid-19, le MSBraemar, errait dans les eaux de la Caraïbe, avec refus de rejoindre un port. À la demande des autorités du Royaume Uni et d’Irlande du Nord, il a été autorisé à accoster à Cuba, devant l’urgence sanitaire, et les risques pour la vie des passagers.

Il est arrivé dans les eaux territoriales cubaines le mardi 17 mars. Des mesures sanitaires strictes ont été prises par les autorités cubaines, et les passagers ont pu débarquer et être acheminés sans délais, à l’aéroport José Marti pour rejoindre le mercredi 18 mars le Royaume Uni par 4 vols charters britanniques, un vol spécial étant réservé aux personnes contaminées. Les cas graves, ne pouvant voyager, seront pris en charge par le système de santé cubain.

Le gouvernement britannique, par la voix du ministre Dominic Raab, a remercié vivement les autorités cubaines, et les passagers ont déclaré, parfois en pleurs, qu’ils n’oublieront jamais ce que Cuba avait fait pour eux…

Comme nous le disons souvent, la solidarité de Cuba et son expertise en matière de santé sont bien trop occultés, alors que, justement, c’est bien ensemble et collectivement, sans blocus ni idées préconçues, que nous viendrons à bout de cette grave pandémie.

Je vous laisse découvrir, certainement confinés(es) à votre domicile, les nombreux articles de notre site qui relatent la réalité cubaine et je vous en souhaite une bonne lecture.

Prenez soin de vous et de vos proches.

Michel Humbert
Vice président de Cuba Coopération France

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13 mars 2020

Comment parler d’art aux enfants

 

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« Comment parler d’art aux enfants », de Françoise BARBE-GALL, Le deuxième horizon

Descriptif

Une méthode : aborder un tableau (quels que soient le sujet, l'auteur ou l'époque) par ce qui intéressera le plus un enfant selon son âge. De question en remarque, les commentaires d'oeuvres, d'abord très simples, s'approfondissent à mesure que l'enfant grandit (de cinq à treize ans et au-delà). Un code couleur pour trois tranches d'âge : rouge (autour des cinq-sept ans), bleu (autour des huit-dix ans), vert (autour des onze-treize ans et au-delà). Trente tableaux du XVe au XXe siècle commentés pas à pas : Botticelli, Léonard de Vinci, Vermeer, Monet, Gauguin, Van Gogh, Mary Cassatt, Picasso, Pollock, Jean-Michel Basquiat… Des bases d'histoire de l'art, parce que : "On a le droit de ne pas tout savoir". Des conseils pratiques pour faire d'une visite au musée un véritable succès.

Le livre lui-même est d’une manipulation agréable. Avec le chapitre « Les bons débuts », le projet de l’autrice est très bien explicité :

-  Abandonner les vieux réflexes

-  Interroger ses propres souvenirs                                                                                                                                   -  Exprimer simplement l’impression du moment

  • Le privilège d’un échange affectif                                                                                                              
  • Laisser l’enfant faire ses propres choix…                     

 Et nombre de conseils judicieux pour une visite au musée.                              

Très intéressant, très utile, très clair, très stimulant.

 

Pour tous à partir de 5 ans.

 

02 mars 2020

Réforme des retraites : déclaration d'attaA

 

 

 
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Découvrez la réaction en vidéo d’Aurélie Trouvé, porte-parole d’Attac France, en cliquant sur l’image ci-dessus.

 

Reforme des retraites : matraque et 49.3 !

1er mars 2020

Un projet de loi qui rencontre l’hostilité d’une majorité de la population.

Qui fait face à une mobilisation historique des féministes, et de tout un tas de secteurs professionnels : des avocat.es aux enseigant.es, des cheminots aux danseuses de l’Opéra, aux égoutiers ou aux cadres du privé. 

Un projet de loi qui met à bas un système hérité du Conseil national de la Résistance il y a près de 80 ans.

Face à ça, que fait le gouvernement ? Il refuse tout dialogue social réel avec les représentant.e.s de salarié.e.s, il écarte tout référendum avec la population et même maintenant il refuse tout débat et tout vote à l’Assemblée nationale.

A l’heure où l’attention est focalisée sur l’épidémie du coronavirus, où les hospitaliers sont sur le pont, le gouvernement profite de la situation pour passer en force. C’est indigne, c’est profondément scandaleux.

C’est le signe d’un gouvernement aux abois qui s’impose par les violences policières et par l’autoritarisme. En somme qui utilise la matraque et le 49-3 pour passer un pilier de son programme ultra libéral.

A la crise sociale, s’ajoute une crise de la démocratie.

Nous ne devons rien lâcher.

Le débat va se poursuivre tout le printemps au Sénat, et bien l’opposition dans la rue doit se poursuivre tout le printemps.

Dès à présent des appels locaux se multiplient pour se mobiliser. 

Un appel national de l’intersyndicale se prépare également. Pour que tou.te.s ensemble, le même jour, lundi ou mardi, le jour de la motion de censure qui suivra le 49-3, et bien nous soyons devant l’Assemblée nationale devant les préfectures avec un bâillon sur la bouche et l’inscription 49-3 pour signifier le déni de démocratie mais aussi notre détermination pour un retrait de ce projet de réforme des retraites.

 

 

Posté par niurka à 21:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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