Pourquoi pas ? Le blog de Niurka R.

21 juin 2017

La macron-économie, un destin jupitérien

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Faites entendre votre voix

La macron-économie, un destin jupitérien

  • JEAN-MARIE HARRIBEY
  •  
  • 18/06/2017

À l’Université, on apprend aux étudiants en « sciences » économiques qu’il y a deux manières de comprendre l’économie : la micro-économie et la macro-économie, qui sont nécessaires car complémentaires. C’est bien sûr une ânerie car la première postule que les individus sont isolés les uns des autres et qu’ils raisonnent rationnellement hors de tout contexte environnant, hors de toute institution sociale, hors de tout rapport social, hors de tout rapport de force. La micro-économie pour expliquer la vie en société, c’est aussi scientifique que la terre planète unique, centre de l’univers. Seule la macro-économie comme approche des relations économiques et sociales a un sens, à condition de ne pas être abandonnée entre les mains exclusives des keynésiens des années 1960 qui croient encore à des « Glorieuses » perpétuelles qu’il suffit d’organiser par une bonne politique conjoncturelle.

Peut-être assistons-nous à l’éclosion de la macron-économie. Mais ce n’est qu’une couche de peinture recouvrant la micro-économie traditionnelle visant à individualiser ce qui ne relève pas des rapports inter-individuels. Cela permet à Macron et à ses affidés de nier la crise du système qui les a mis en place et qu’ils servent encore mieux que ceux qu’ils viennent d’éjecter de leurs sièges.

 

Le déni de la crise[1]

Tous les commentaires dithyrambiques sur Macron et sa victoire électorale sont fondés sur la magie du dépassement de l’opposition politique gauche/droite. Avec déjà une première entourloupe intellectuelle : identifier la gauche au parti socialiste et celui-ci au socialisme. Mais il faut voir ce prétendu dépassement comme une nouvelle figure du dépassement du clivage socio-économique entre travail et capital, lui-même issu de la rhétorique de la disparition des classes sociales et des idéologies. Et, finalement, le capitalisme n’existe plus. Dans ces conditions, le chômage n’est qu’un problème de lourdeur du code du travail et de dépenses publiques trop élevées, et la croissance n’attend qu’une libération encore plus grande des forces naturelles du marché.

« Couvrez donc ce capitalisme que ne nous ne saurions voir », pourrions-nous pasticher. Tous les Tartuffe du capital occultent la cause principale du marasme. Elle se nomme crise de rentabilité  du capital, non pas en soi, mais au regard des exigences de ses détenteurs, surtout les actionnaires des grandes firmes et banques engagées dans le processus de mondialisation. C’est la trame de fond depuis quarante ans, qui n’a eu d’autre palliatif que la dévalorisation de la force de travail et la fuite en avant financière. Sous le néolibéralisme, la restauration des taux de profit s’est faite surtout par la hausse absolue de la plus-value. Avec, au bout, la surproduction et donc la suraccumulation de capital par rapport aux capacités de produire de la valeur. Ah, la valeur, cette valeur chérie qui grossit le capital, quels que soient ses dégâts sociaux ou écologiques !

Las ! La difficulté de produire de la valeur et de vendre les marchandises qui la contiennent naît d’une double contradiction : la contradiction sociale plus on s’approche de la limite de l’exploitation du travail, et la contradiction écologique dès lors que se raréfie ou se dégrade la base matérielle de la production. Les deux obstacles sont à la racine de la diminution de la hausse de la productivité du travail, que le progrès technique ne réussit pas à enrayer.[2] Les incantations au retour de la croissance forte et durable n’y changeront rien.

La mystification macronienne est plus policée que celle de Trump. Mais elles renvoient toutes les deux au souci majeur des classes dominantes : faire oublier la nature systémique de la crise du capitalisme. Là-bas, il s’agit d’imposer l’idée que l’Amérique peut repartir de l’avant en niant le changement climatique. Ici, après une campagne où le mot écologie fut absent du vocabulaire du candidat désormais président, celui-ci s’offre Hulot comme gage de sa soudaine conversion. Mais c’est pour mieux repartir à l’assaut du droit du travail et des retraites, tout en allégeant la fiscalité sur les entreprises et les revenus du capital.

Patronat, forces politiques de droite et de droite, économistes et éditorialistes de cour répètent à l’envi que l’économie française souffre d’un manque de compétitivité à cause du coût du travail. Nul ne souffle mot du « talon de fer » (Jack London) de la finance. Nul n’imagine autre chose que d’émanciper le capital de toute contrainte.

Les dix commandements de la macron-économie

Tu instruiras que le marché est naturel et que, si la maxime thatchérienne selon laquelle la société n’existe pas n’est plus audible, il convient de la traduire en tu deviendras milliardaire.

Tu nieras les inégalités sociales et tu remplaceras la recherche de l’égalité entre tous par l’égalité des chances entre inégaux.

Tu individualiseras le rapport salarié-employeur, ainsi tu n’auras plus besoin de droit du travail que tu pourras mettre à la réforme, tandis que tu élargiras les champs de la négociation d’entreprise à tous les sujets, rendant la loi inutile.

Tu favoriseras les entrepreneurs de soi-même, de telle sorte que leur ubérisation paraisse plus attrayante que le salariat.

Tu transformeras le travail vivant en travail mort au fur et à mesure que sa mutation en simple marchandise s’accomplira.

Tu promettras qu’un euro de cotisation donnera droit à un euro de prestation, ainsi tu dissoudras la solidarité collective.[3]

Tu nieras les conflits d’intérêts entre les salaires et les dividendes car le travail et le capital sont en marche en même temps.

Tu auras une vision positive et tu t’abstiendras de prononcer le mot de capitalisme car la crise n’existe pas dans un monde ouvert où les GAFAM nous emportent sur un nuage.

Tu tairas le délabrement écologique car la technique pourvoira au remplacement de la nature, l’amélioration du climat des affaires en dépend.

Tu magnifieras la valeur au détriment de la valeur d’usage, tout en dissimulant sa génération par le travail.[4]

Ainsi s’accomplira un destin jupitérien, la macron-économie.

 

Notes

[1] Ce paragraphe a été publié par Politis, n° 1458, 15 juin 2017.

[2] Attac, Par ici la sortie, Cette crise qui n’en finit pas, Paris, Les Liens qui libèrent, 2017.

[3] Voir sur ce blog « Les retraites façon Macron : le piège des comptes notionnels », 16 mars 2017.

[4] Contre la micro-macron-économie, le livre sur la valeur est toujours La richesse, la valeur et l’inestimable, Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste, Paris, Les Liens qui libèrent, 2013. La revue Contretemps vient de publier un dossier très riche : « Dossier : extension du domaine de la valeur », 5 juin 2017.

 


02 juin 2017

Et pendant ce temps-là, Jean Lassalle…

 

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Cette vidéo m'a fait mourir de rire.

Niurka Règle

Et pendant ce temps-là, Jean Lassalle…

Après avoir échoué à devenir président de la République, le député Jean Lassalle est maintenant candidat à sa réélection dans les Pyrénées-Atlantiques. Maire de son village natal, Lourdios-Ichère, depuis 1977, Jean Lassalle racontait en 2000 son premier acte officiel en tant que maire : l’enterrement d’un ancien adjoint au maire. Un sketch irrésistible.

[VIDÉO : 12’41] Un sketch de Jean Lassalle à voir ici : la-bas.org/la-bas-magazine/au-fil-de-la-bas/et-pendant-ce-temps-la-jean-lassalle

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“Libérer les animaux? Tendances et dérives d'un affect contemporain”.

 

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 “Libérer les animaux? Tendances et dérives d'un affect contemporain”.

FIGAROVOX/TRIBUNE- Pour l'enseignant-chercheur Thierry Blin, la cause animale devenue omniprésente dans le débat public, joue sur les affects contemporains et s'éloigne de la raison. Il rappelle que l‘antispécisme n'est pas un humanisme.

Thierry Blin est maître de conférences en sociologie à l'université Montpellier III.

Une cause contemporaine dans le coup? L'Animal! On joue en effet désormais la passion zoophile à tous les étages, avec émissions télévisées, chaînes dédiées, associations amatrices de vidéos clandestines, candidat à la Présidentielle dévoreur de quinoa, journaliste vindicatif (A. Caron), patron de presse omniprésent (F.-O. Gisbert), moine bouddhiste (M. Ricard), etc. Et même la foule de nos grands noms intellectuels, Onfray, Finkielkraut, Orsenna, Cyrulnik... se trouvant enfin un point commun dans la demande de reconnaissance, dans le Code civil, de la qualité d'«êtres vivants doués de sensibilité» des animaux.

L'antispécisme n'est pas un humanisme

Il faut dire que la bête a bien changé depuis l'avènement des Trente Glorieuses et son généreux projet de viande pour tous. Ne cherchez plus aujourd'hui lapins, porcs et poulets près de l'étable, rayon clapiers ou quête alimentaire dans une boueuse cour de ferme... Ils ne sont plus élevés, ils sont produits. Quand ils ne sont pas biotechnologisés par tous les pores. Poulets sans plumes, saumons géants stériles, «Super cochons» tellement bricolés qu'ils ne peuvent supporter leur propre poids, truies à la gestation dopée... Productivisé, mais aussi parfois martyrisé par des salariés d'abattoirs, cet animal-là figure aisément en réprouvé. Rien à voir avec l'élu qui pousse sur nos canapés, campe près de nos frigos, partage nos vies urbanisées. Deux catégories qui témoignent cependant toutes deux de ce que nous n'habitons plus les champs que par accident, par oubli. Bref, nous n'entretenons plus aucune solidarité vitale avec la production animale.

Or, il se trouve que moins nous sommes dépendants de la bête, plus elle est couverte de compassion. Sentiment parfaitement sain, puisque l'homme ne trouve qu'à se grandir en s'éloignant de la brute. Malheureusement, de l'affect contemporain à sa mise en chantier intellectuelle sous le pavillon d'une libération animale rationalisée dans les termes de l'antispécisme (notre espèce n'assure sa supériorité sur les autres que sur la base d'un racisme d'espèce non assumé) ou dans celui d'un égalitarisme biosphérique non anthropocentrique (tous les «sujets d'une vie» sont d'égale valeur), il y a toute l'épaisseur d'un antihumanisme dont les conséquences accablent par leur cohérence logique.

Qu'assène-t-on à longueur de thèses dans ces parages militants? Exemples. Mettez de côté l'archaïque concept de dignité humaine, il apparaîtra alors que nous n'accordons davantage de valeur au bébé au cerveau endommagé qu'à un chimpanzé ou à un porc que par la grâce coupable de notre spécisme (P. Singer). Optez pour l'égalité de toutes les formes de vie et vous en viendrez à disserter sur le mode du «je peux tuer un moustique s'il est sur le visage de mon bébé, mais je ne dirai jamais que j'ai un droit à la vie supérieur à celui d'un moustique.» (A. Naess). Sans compter que le «vaisseau Terre» (J. Lovelock) étant, en soi, un organisme à part entière, composé des molécules organiques, singes, hommes, plantes, sols…, il pourrait, armé du «but inconscient» de la préservation de la vie, décider d'«éliminer» ce qui ruine son équilibre fragile, l'Homme.

L'indécente idée d' «Holocauste animalier»

Prenons un prototype argumentaire plus récurrent, cette fois-ci. Chacun le sait, la morale carbure à la culpabilité. Une plaie que l'on gratte. Ajoutez à cela l'imaginaire de l'extermination planifiée, industrialisée, de la Shoah où l'humain se découvrit criminel par excellence, en rejetant dans le même mouvement la distinction Homme/animal, et vous obtiendrez la thèse de l'Holocauste animalier. Vous y apprendrez que «la Shoah est dans votre assiette»! Normal, les abattoirs constituent un «éternel Treblinka» (I. B. Singer). D'où vient la légitimité de cette «violence carnassière»? De se fonder métaphysiquement sur la constitution par l'humanisme de l'Homme en sujet, qui l'autorise à faire son Souverain (Derrida)! Bref, humaniser c'est fasciser, c'est légitimer le génocide animal (Adorno)!! Aucune spécificité du noyau d'horreur qui fait saillie dans l'Holocauste, place à la reductio ad hitlerum selon laquelle les bêtes sont à notre pensée ce que les juifs étaient au nazisme.

Tous ces raisonnements déroulent une gymnastique intellectuelle baroque: l'homme est un animal comme les autres, il ne doit donc pas procéder comme eux... Pourquoi? Parce qu'il est la seule créature à se nourrir de morale. À s'en gaver les neurones! Certes. Incontestable. Bravo. Mais d'où diable tire-t-il cet ingrédient distinctif si ce n'est de l'agglutination de ces qualités uniques qui reçoivent le nom de liberté, de perfectibilité, de raison...? Quelque chose comme un air de supériorité, ou la conversation n'est que déraison. Cercle vicieux spéciste de l'antispécisme!

   L'animal, qui n'existe d'ailleurs pas sous la généralité de ce nom, ne nous regarde pas. Il cohabite. En voisin plus ou moins proche, pas en parent. Nous pouvons nous voir en lui. Pas davantage.

Nulle autre cause à ce que l'indécente idée d'Holocauste animalier ne parle qu'à quelques têtes esseulées. Le propre du noyau d'horreur de l'Holocauste nazi tient tout entier à ce que chaque homme est un regard, une réciprocité morale. Bref, l'animal, qui n'existe d'ailleurs pas sous la généralité de ce nom, ne nous regarde pas. Il cohabite. En voisin plus ou moins proche, pas en parent. Nous pouvons nous voir en lui. Pas davantage.

Que dire de plus? Penser la bête, l'entendre souffrir, n'est pas la couvrir de ces excès de concepts hantés par la question de la mort, par un désir de purification éthique, et une séparation d'avec le monde animal replâtrée à grands coups de postulats d'égalité. Vis-à-vis des animaux, l'homme est effectivement couvert de devoirs. Lesquels? Réguler les populations. Préserver les espèces. Domestiquer. Dresser. Élever et tuer décemment les animaux qu'il mange. Autant d'activités, où il est question de mort, mais aussi de vie, et où il n'est assurément plus tolérable que l'homme fasse la brute. Prenons cependant garde à ce que deux pelés théoriciens et trois tondus militants ne tentent dans le même mouvement de manipuler nos affects.

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28 mai 2017

Le verger de marbre

 

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Le verger de marbre, Alex Taylor, traduit de l'américian par Anatole Pons, Néonoir Gallmeisterl                      

Il y a quelque chose de pas clair autour de l'identité de Beam. Il a 19 ans. C'est un Sheetmire, mais "il croyait à présent les rumeurs qu'il avait entendues pendant des années sans leur apporter de crédit : qu'il n'était pas sheetmin parce que un autre sang fiévreux rugissait dans ses veines."

Le jour où son père lui demanda de s'occuper du Ferry pour faire traverser La Gasping  River "...quelqu'un appela Beam depuis le rive opposée. Il entendit à travers la nuit la voix de l'homme arriver sur lui, lugubre et indolente."..."Beam retira les mains de se ses yeux et dévisagea L'homme. Il avait l'air pâle et maladif avec le clair de lune dans son dos, ses bras fêles arqués au-dessus du bastingage. Beam se demanda soudain ce que ça ferait d'entendre un homme se noyer. de l'entendre et de savoir que c'était vous qui avait fait ça.." C'est le début de la descente en enfer.

Un récit dense, magnifiquement écrit qui nous rend littéralement captifs. L'angoisse poignante ne cesse de nous river au texte (un éloge à Anatole Pons pour la traduction). La prose est travaillée avec la dureté et les éclats du diamant et l'histoire glaçante et sidérante nous laisse sans voix. 

Un roman subjugant.

Niurka Règle

 

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25 mai 2017

COMBAT AU BOUT DE LA NUIT

 

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COMBAT AU BOUT DE LA NUIT / Sylvain L'Espérance
2016 | 4h45mn | Québec | Les films du Tricycle

Tourné sur une période de deux ans, cette œuvre fleuve, nous entraîne dans un grand voyage au cœur de la Grèce actuelle. En accompagnant ceux qui, du lieu où ils luttent, forgent un autre avenir, le film est traversé par l'intuition profonde que dans le chaos du présent, un monde commun aux contours encore indéfinis cherche à naître.

« C’est fort, ça interroge, c’est magnifique et c’est du cinéma d’une amplitude  rare que l’on regarde comme aspirés par la vraie vie."

Niurka Règle

« Le regard de Sylvain L’Espérance [sur le mouvement politique grec] est à couper le souffle. »

- Grit Lemke, Junge Welt 

« Aucun réalisateur européen n’a jamais entrepris un projet aussi ambitieux. 

Ce qui est regrettable pour plusieurs raisons. […] À travers son Combat au 

bout de la nuit, L’Espérance laisse transparaître à quel point la misère du peuple 

est existentielle, à quel point sa situation apparaît désespérée. Il donne la parole 

aux marginaux, ce qui est honorable et émouvant. » 

- Thekla Dannenberg, Perlentauche

« Dans Combat au bout de la nuit, le réalisateur canadien Sylvain L’Espérance 

traite de la crise grecque qui, malheureusement, a presque complètement 

disparu des écrans radar. Mais le peuple souffre toujours, comme le montre 

de façon impressionnante son film essai de près de cinq heures. » 

- Nadine Lange, Tagesspiegel 

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19 mai 2017

Exposition Tokyo-Paris

 

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Cette collection nous parvient du fondateur de l’entreprise Bridgestone de Tokyo, Shojiro Ishibashi, un passionné d’art occidental. Son fils et son petit fils partagèrent sa passion.  C’est dans le musée qu’il a édifié au coeur de Tokyo qu’il a rassemblé sa collection d’oeuvres impressionnistes et d’art contemporain. 

S’y adjoignent des oeuvres d’autres collections privées. 

 

L’exposition au musée de L’Orangerie nous permet d’admirer un nombre impressionnant d’oeuvres,pour un étonnant voyage à travers les oeuvres. Notre promenade débute par d’étonnantes toiles yoga, peintures japonaises contemporaines, puis, nous passons devant des toiles pré-impressionnistes. Suivent les oeuvres de VanGogh, Gauguin, Pissaro,Le Douanier Rousseau,  Picasso, Brancusi, Modigliani, Matisse, Marie Laurencin…  L’exposition se termine par de grandes toiles contemporaines d’artistes japonais.

Une exposition digne de ce lieu magnifique.

 

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Le Douanier Rousseau

 

 

 

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Monet : Les nymphéas

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Jean Renoir

 

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Marie Laurencin

 

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Zao Wou Ki (1985)

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Kazuo Shiraga

Kanon Fudara Jodo (1972)

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Nour Eddin doit rester en France

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Ce matin, vendredi 19 mai une délégation a demandé à être reçue à la Sous-Préfecture du Vigan pour appuyer la demande de Nour Eddin de pouvoir déposer une demande d'asile en France. Nous fûmes nombreux à nous être déplacés en soutien. Nous attendons la réponse de Monsieur le  Préfet.

Pétition de soutien à Nour Eddin

Parcours de Nour Eddin :
Parti du Soudan (de la région du Darfour) en 2016, au péril de sa vie il arrive en Italie. Après quinze jours en centre de rétention, il rejoint des réfugiés comme lui à Paris au Métro la Chapelle où il vit dans des conditions précaires. Lors du démantèlement de ce campement, il est dirigé en Cévennes en Février 2017 et est accompagné au sein du CAO (centre d’accueil et d’orientation) du Vigan.
Se sentant pour la première fois en six ans en sécurité, il participe activement aux cours de Français (six heures hebdomadaires) donnés par des bénévoles et à la vie sociale et culturel de la ville.

La Préfecture de Nîmes lui applique la procédure Dublin III : il est convoqué le 19 mai en Préfecture pour se voir notifier sa réadmission en Italie.
Nour Eddin n’est pas attendu en Italie et l’idée de ce transfert le terrorise tant les conditions y sont mauvaises et ses chances de voir sa demande examinée en respect de ses droits fondamentaux sont minces.
Un renvoi au Soudan de par son appartenance ethnique le mettrait en grand danger.
Il veut pouvoir faire sa demande d’asile en France et ne plus être dans cette procédure de Dublin, comme cela a été fait pour d’autres réfugiés dans la même situation au Vigan.

C’est pourquoi, avec les personnes qui l’ont accompagné au Vigan, j'appuie cette demande et invite Monsieur le Préfet à faire usage de son pouvoir discrétionnaire, faculté qui lui est ouverte par l’article 17 du règlement de Dublin III en autorisant Nour Eddin à déposer sa demande d’asile en France.


Pour contacter le comité de soutien : soutien.n@gmx.fr

Cette pétition sera remise à:
  • Monsieur Didier Lauga préfet du Gard.

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08 mai 2017

Pour une Constituante

 

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Le rêve et le cauchemar

La France s’est dotée d’un nouveau chef de l’Etat élu par défaut (18,2% des électeurs au premier tour, 43% au deuxième). Ce deuxième tour a vu une participation exceptionnellement faible (25% d’abstentions, 12% de blancs et nuls par rapport aux exprimés). Et c’est sur cette très faible légitimité, permise par ce système en crise, qu’il désire gouverner par ordonnances, symbole des formes autoritaires du pouvoir. Mais comment pouvait-il en être autrement ?

Les médias et autres experts démontreront avec moult exemples et références que cette élection est légitime même si son déroulement fut riche en rebondissements inédits. Ils omettront soigneusement de s’interroger sur leur responsabilité dans l’insatisfaction des électeurs, exprimée par le fléchissement du taux de participation au second tour. Dès le départ, l’avalanche des sondages, encore plus violente qu’à l’ordinaire, a notamment transformé la compétition politique en course de petits chevaux, arbitrée au finish, par un liberticide vote utile, conduisant les électeurs à choisir des candidats dont ils sont très loin de partager les convictions. Le deuxième tour n’a pas déparé l’ensemble de la campagne. Indécence suprême, on est allé jusqu’à intimer l’ordre aux plus opprimés de voter pour leurs instruments d’oppression… au nom de la liberté bien entendu.

D’une certaine façon, assez subtile il faut le dire, on est en train de revivre le coup d’Etat de 2005 ou « comment imposer, en toute légalité, des idées minoritaires ? ». Situation d’autant plus perverse que ceux qui ont joué (et perdu) ne peuvent plus contester la règle du jeu puisqu’ils ont accepté de jouer …

Les plus optimistes, proclameront que la France entame une nouvelle ère politique car les deux partis de gouvernement, qui depuis des décennies faisaient la pluie et le beau temps, sont en voie de disparition. Le nouveau discours très tendance va chercher à nous convaincre qu’une nouvelle classe politique est en train de naître, plus jeune, plus visionnaire, plus « agile » (pour reprendre le nouveau mot à la mode du monde économique). Cette dernière aura pourtant à cœur de démontrer que l’intérêt général de la République et, par extension, celle du peuple, passe par la garantie des principes supposément intangibles de l’économie, ainsi que par la stabilité du cadre constitutionnel et le caractère irréversible de la construction "européenne".

Si réclamer l’élection d’une Assemblée constituante est une condition nécessaire à un changement radical des pratiques politiques actuelles, nous avons conscience qu'elle n’en est pas pour autant suffisante. Il n’est pas question d’attendre pendant cinq ans la prochaine présidentielle en reliant son éclosion à cette élection, en dépendant du bon vouloir d'une personne "providentielle" et de son parti. Nous avons toujours combattu ce processus. Il n'est pas question que les organisations politiques, notamment les partis, imposent aux Français(es) le choix des futurs constituants. 

D’ores et déjà, dans le cadre d’assemblées communales ou de quartiers, les citoyen(ne)s pourraient se rassembler, élaborer ensemble après des débats leurs cahiers d’exigences et les points fondamentaux du futur texte constitutionnel, puis élire leurs mandataires. 

Nos illustres prédécesseurs avaient compris que construire de nouvelles pratiques démocratiques ne pouvait se faire sans les adosser, au préalable, à un texte fondateur porteur d’une vision nouvelle, ambitieuse et pour le moins fédératrice. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen a été ce texte. Il nous appartient d’être aussi visionnaire aujourd’hui dans le cadre de vie qui est le nôtre.

Communiqué de l’Association pour une Constituante suite au deuxième tour de la présidentielle. 

 

crème au cognac

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Crème au cognac 

une recette à la texture et à la saveur délicieuses.

Ingrédients : 

37 cl de lait

13 cl de crème fleurette

125 g de sucre semoule

2 oeufs entiers

4 jaunes d’oeufs

1,5 cl de cognac

Dans une casserole, mélangez le lait et la crème. Après ébullition arrêtez le feu.

Dans un petit saladier fouettez les oeufs et le sucre jusqu’au blanchiment du mélange.

Versez le lait et la crème doucement, tout en continuant à fouetter. Incorporez le cognac.

Beurrez un moule ou des ramequins individuels.

Versez la crème et placez au four au bain marie à 180° (Th. 5/6) pendant 35 ou 45 mn. Vérifiez la cuisson avec une lame de couteau. Elle doit ressortir sèche.

Inspiré de : desserts traditionnels de France par Gaston Lenotre Ed. Flammarion

 

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24 avril 2017

En France, nous vivons l’arrivée à maturité du vide

 

 

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POLITIQUE

Emmanuel Todd : « En France, nous vivons l’arrivée à maturité du vide »PAR LE COMPTOIR LE 3 MARS 2017

 

Jeudi 9 février, Emmanuel Todd nous reçoit dans son appartement parisien pour un entretien fleuve sur l’élection de Donald Trump, les États-Unis et la situation politique mondiale, que nous vous proposons en deux parties. Si notre ligne politique peut diverger de celle du chercheur Todd et de sa promotion d’un capitalisme régulé, il demeure pour nous une référence intellectuelle contemporaine majeure. Anthropologue, historien, démographe, sociologue et essayiste, Todd est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). Il est principalement connu pour ses travaux sur les systèmes familiaux et leur rôle politique. En quatre décennies, le chercheur s’est notamment illustré en prophétisant l’effondrement de l’URSS (« La chute finale », 1976) et les printemps arabes (« Le rendez-vous des civilisations », avec Youssef Courbage, 2007). Il a également mis en lumière les faiblesses de la construction européenne et de la mondialisation. 

Le Comptoir : Le Brexit – défendu au Royaume-Uni principalement par des forces de droite – et l’élection de Trump présagent-ils de futures grosses surprises lors de l’élection présidentielle française et de l’élection fédérale allemande, qui se dérouleront toutes deux en 2017 ? Vous avez déclaré récemment que « François Ruffin [était] la vraie alternative de gauche à Marine Le Pen. » Un “populisme de gauche” a-t-il encore une chance d’émerger et de rivaliser avec l’extrême droite ?

 

Emmanuel Todd : Je pense qu’en termes moraux, Ruffin est la seule alternative possible. Le problème n’est toutefois pas la morale, mais de voir ce qui est sociologiquement possible. Mais il y a plusieurs éléments dans votre question. D’abord, il faut séparer les Français des Allemands. Ces derniers sont les grands vainqueurs de l’unification européenne. Les Allemands sont les maîtres, invisibles, mais les maîtres quand même, des donneurs de leçons, avec un excédent commercial qui n’en finit pas d’augmenter. La France, c’est une société bloquée : impuissante, bavarde pour rien, souvent ridicule quand elle n’est pas tragique. Et inconsciente de sa propre dérive. Je regardais une émission de télévision avec des “spécialistes” qui discutaient un après-midi, politologues et journalistes. C’était très drôle. Ils parlaient de Trump, toujours lui. Les commentateurs étaient choqués : un type qui applique son programme ! Ce n’est plus la démocratie, ça ! En France, nous savons ce qu’est la démocratie. Le modèle français, c’est le traité de 2005 : le corps électoral vote et on s’assied sur le résultat. Nous sommes conscients, dans l’Hexagone, qu’une présidentielle sert uniquement à parler. Nous faisons le discours du Bourget, et une fois au pouvoir, nous faisons passer la loi Travail. Aujourd’hui, nous devrions deviner ce que feraient Fillon ou Macron au pouvoir puisque nous savons d’avance qu’ils n’appliqueront pas leurs programmes. Nous avons le droit de ne pas aimer Trump, mais pour le moment, admettons qu’il tente de faire ce qu’il avait annoncé. De même, outre-Manche, nous voyons un Parlement rempli de gens qui n’étaient pas favorables au Brexit mais qui viennent de se plier à la volonté populaire et de produire le vote attendu par Theresa May. Donc il y a une nouvelle pression cruelle qui s’exerce sur le système politique français, de l’extérieur : le modèle réellement démocratique des pays anglo-saxons. Cela crée un élément supplémentaire de déstabilisation de notre système.

« Exclure de la communauté nationale les Français d’origine musulmane, c’est la garantie d’un échec économique et social si l’on tente la sortie de l’euro. »

Il y aura une deuxième pression, à plus long terme, exercée par le monde anglo-saxon. Outre-Atlantique, il y a encore une guerre civile entre les deux camps, les nationaux et les globalistes. Je pense qu’ils vont finir par négocier car aucun camp ne peut l’emporter. Mais il est évident que le virage protectionniste, déjà amorcé sous Obama avec le Buy American Provision de 2009, va s’affirmer. Et ça va marcher. L’Amérique sera donc engagée sur la voie positive de reconstruction interne opposée au libre-échangisme frénétique de l’Allemagne. Ce sera pour notre classe dirigeante une pression terrible. Je ne sais pas si cela mettra dix, quinze ou vingt ans. J’ai peur de ne plus être là pour tirer le bénéfice de cette prophétie sans risque.

Mais en France, il y a autre chose que le libre-échange. Notre situation est absurde au carré parce que l’euro aggrave les effets du libre-échange : il empêche de dévaluer et produit ce taux de chômage de 10 % dont on ne sortira jamais. La perte de notre souveraineté monétaire fait que le président de la République n’a plus aucun pouvoir effectif. En théorie, un président de la République peut tout, en termes de nomination, de dissolution, etc. Mais en pratique, il ne peut plus rien faire et avec Hollande, nous avons vu le modèle réalisé à la perfection. C’était moins visible sous Sarkozy car celui-ci entretenait un état d’agitation et de fébrilité déconcertant. Mais Hollande a mis à nu la réalité : l’absence de président en France. C’est un problème structurel. Et c’est sûrement pour cela que nous voyons une décomposition du sens de la présidentielle. Les gens font tout ce qu’ils peuvent pour mettre en scène un spectacle démocratique ou pseudo-démocratique. Ils font des primaires. Mais qu’est-ce qu’ils font dans ces primaires ? Nous voyons s’exprimer des bouts de corps électoral complètement atypiques. Prenons Fillon : plus de 50 % de gens de plus de 60 ans, retraités et riches, votent pour l’homme qui veut faire du Thatcher avec trente ans de retard. Je passe sur les suites judiciaires du “Penelopegate” qui aggravent ce ridicule démocratique particulier. Des électeurs socialistes, encore moins nombreux, désignent Hamon : arrive le style « on rase gratis ». Mais c’est pareil, ce sont des minorités qui se font plaisir. Pardon, j’oubliais celui qui incarne l’ultime vérité du système, celui qui n’a pas de programme : Macron.

 

C’est comme si, au fond, les candidats comme les électeurs avaient compris que la présidentielle, c’était pour rire. Alors tout le monde se lâche. Tout le monde fait n’importe quoi. Et cela n’a aucune importance. Car nous allons en réalité élire notre représentant à Berlin. D’ailleurs, Fillon, Macron et Hamon ont chacun d’une façon ou d’une autre déjà fait allégeance à l’Allemagne. Mais j’admets volontiers être, comme tout le monde, dépassé par la situation. L’Amérique me semble compréhensible, tout comme l’Angleterre, l’Allemagne, la Russie, le Japon ou la Chine. La France non. Nous sommes peut-être au bord de la crise de régime.

D’ailleurs, même le FN semble ne plus croire en rien. Un copain avec qui je dînais début février 2017 me disait que la décomposition des partis de l’establishment semblait produire par rebond la décomposition et l’amollissement du discours du FN lui-même. Privé d’adversaire intellectuel, le parti d’extrême droite ne sait plus vraiment quoi dire. Face à la réalité de Trump et du Brexit, il est lui-même confronté à l’irréalisme de ses propositions. Comment passer au protectionnisme et sortir de l’euro sans la participation de tous les citoyens à cette épreuve, salvatrice mais difficile ? Exclure de la communauté nationale les Français d’origine musulmane, c’est la garantie d’un échec économique et social si l’on tente la sortie de l’euro. Ni la monnaie ni le protectionnisme ne peuvent se passer, pour fonctionner, d’une conscience nationale englobante complète. Les dirigeants du FN savent autant que les autres qu’ils ne sont pas sérieux.

« Trump a éloigné les thématiques religieuses du Parti républicain. »

Dans votre livre Qui est Charlie ? qui, au-delà de la polémique, traite de la question religieuse, vous insistez sur les conséquences de la sortie du religieux. Vous dites que les religions doivent être particulièrement prises au sérieux quand on en sort. Vous donnez l’exemple de l’Allemagne nazie, de la Révolution française… Vous liez d’ailleurs déchristianisation et poussées nationalistes, comme dans le cas québécois. Iriez-vous jusqu’à lier la question nationale telle qu’elle se pose aujourd’hui à la question religieuse, notamment en Europe ? Dans certains cas, comme celui de la Russie, le retour du national semble s’accommoder du retour du religieux…

Ce sont des choses que j’avais analysées très calmement dans L’invention de l’Europe, un livre publié en 1990 qui m’a pris six ans. On ne peut pas vraiment me reprocher d’être sur ces questions un polémiste de l’instant, mais on peut tout à fait me reprocher de radoter. [Rires] Pour vous répondre sur l’exemple russe, je pense que la place de la religion orthodoxe est faible. Elle l’était d’ailleurs aussi à l’époque des tsars. Dans l’esprit des paysans russes, le pope orthodoxe était un poivrot peu estimé. C’est pour cela que la révolution russe a inclus une forte dimension athéiste. On voit bien aujourd’hui le régime tenter une synthèse réconciliatrice de toutes les traditions russes, mais on aurait tort de spéculer sur une puissante montée de l’orthodoxie.

Maintenant que vous m’en parlez, aux États-Unis, il se trouve que Trump a éloigné les thématiques religieuses du Parti républicain. Et effectivement, dans les sondages, il y a une chute de l’intérêt pour le religieux aux États-Unis. La pratique religieuse y était demeurée assez élevée. Elle est même remontée après la guerre. Elle demeure importante (avec une fonction d’intégration sociale spécifique) mais il se trouve qu’elle est en baisse. Et nous constatons bien un retour du national. Sans aller jusqu’à l’affirmer avec certitude, il se pourrait bien que le modèle que vous rappeliez continue de fonctionner, au contraire du modèle sur les structures familiales (celui du lien entre la famille nucléaire et le modèle libéral).

« On ne peut pas affecter à Macron le concept de nation puisque c’est un bon européiste, mais on ne peut pas non plus lui affecter un quelconque discours identitaire. »

Parmi les prédictions auxquelles on vous associe il y a la chute de l’URSS et, plus récemment, les soulèvements dans le monde arabe. Pensez-vous que les structures familiales dans ces deux espaces (auxquels vous vous êtes intéressé, bien que de façon périphérique) les condamnent à des systèmes politiques autoritaires ? Et maintenez-vous votre thèse de la sécularisation du monde musulman ? En Turquie aussi bien que dans le monde arabe, il semblerait que l’islam soit encore plus présent qu’avant, aussi bien en termes de pratique que politiquement…

macron

Concernant la sécularisation du monde musulman, j’y crois plus que jamais. L’Iran est déjà dans le post-religieux, avec un indicateur de fécondité de seulement 1,75 enfant par femme. Je connais moins bien la Turquie et honnêtement, je n’ai pas eu le temps de suivre les évènements récents. Plus généralement, je dois dire que beaucoup d’éléments présentés comme religieux dans le monde musulman (par exemple, la montée du wahhabisme) m’apparaissent plutôt comme des négations de la religion. L’État islamique est typiquement un phénomène d’implosion du religieux. Pour être dans le contexte d’une religion vivante, il ne suffit pas de hurler sa croyance. Il faut qu’il y ait des conduites sociales conformes à l’esprit de la religion en question. Aucune valeur religieuse, en l’occurrence musulmane, n’est compatible avec l’État islamique. Daech me semble, je le répète, le signe fort d’une implosion du religieux.

 

La question de la souveraineté est centrale chez vous. Pour notre génération, vous avez été un vrai pédagogue du souverainisme. Et comme le constatait déjà Baudrillard en 1999, on préfère de plus en plus l’identité à la souveraineté. La référence incantatoire à la maîtrise. Est-ce que vous constatez aussi cette évolution qui, dans les faits, se traduit par la rhétorique de la civilisation européenne menacée par l’islam ? En d’autres termes, l’identité comme ersatz de souveraineté et l’islamophobie comme substitut à l’euroscepticisme. C’est d’ailleurs ce qu’indiquent ironiquement vos cartes (dans Qui est Charlie ?) comparant manifestations “Je suis Charlie” et vote pour Maastricht en 1992…

Je suis d’autant plus heureux d’entendre ça que j’avais été classé, lors de la sortie de Qui est Charlie ?, comme une sorte de mauvais Français par notre Premier ministre Manuel Valls. Pour le natif de Saint-Germain-en-Laye que je suis, c’est dur. Je me suis un temps demandé si j’allais devoir redevenir breton ou juif. Comme je prends ma retraite cette année, j’ai fini par opter pour une identité de vieux. [Rires]

Bon, je comprends votre propos comme une opposition entre une souveraineté liée à la nation et une identité qui serait davantage une désagrégation en groupes culturels. Il y a bien quelque chose de cet ordre mais j’ai du mal à percevoir une unité de développement en Europe. Chez les Anglais, les deux peuvent se confondre. Ils ont ce don pour produire des Anglais d’origine étrangère plus anglais que les Anglais. En Allemagne, le retour au national s’est fait avec l’unification et avec une identité ethnique très forte. En France, ce que je constate, c’est plutôt le vide. Le débat actuel français n’est pas tellement entre souveraineté et identité, il est entre rien et rien. Les élections entrent dans ce vide. Le phénomène Macron, c’est le triomphe du vide. On ne peut pas affecter à Macron le concept de nation puisque c’est un bon européiste, mais on ne peut pas non plus lui affecter un quelconque discours identitaire.

Le terrorisme suicidaire est une autre forme de triomphe du vide puisque, comme je l’ai dit, aucune identité musulmane réelle ne structure les individus concernés. “Charlie”, c’était aussi le triomphe du vide : quatre millions de personnes abolissant leur personnalité dans l’identification à un nom propre renvoyant à une chose ignorée. Il faut simplement admettre l’existence du vide de souveraineté et d’identité comme une donnée empirique : en France, nous vivons l’arrivée à maturité du vide. Les sociétés ayant horreur du vide, cela préfigure sans doute une déflagration de nature inconnue.