Pourquoi pas ? Le blog de Niurka R.

04 avril 2021

L'usine

 

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L'usine, Hiroko Oyamada,  traduit du japonais par Sylvain Chupin - Cristian Bourgois editeur

 Résumé éditeur

L'Usine, un gigantesque complexe industriel de la taille d'une ville, s'étend à perte de vue. C'est là qu'une femme et deux hommes, sans liens apparents, vont désormais travailler à des postes pour le moins curieux. L'un d'entre eux est chargé d'étudier des mousses pour végétaliser les toits. Un autre corrige des écrits de toutes sortes dont l'usage reste mystérieux. La dernière, elle, est préposée à la déchiqueteuse de documents.

Très vite, la monotonie et l'absence de sens les saisit, mais lorsqu'il faut gagner sa vie, on est prêt à accepter beaucoup de choses... Même si cela implique de voir ce lieu de travail pénétrer chaque strate de son existence ? 

Dans une ambiance kafkaïenne où la réalité perd peu à peu de ses contours, et alors que d'étranges animaux commencent à rôder dans les rues, les trois narrateurs se confrontent de plus en plus à l'emprise de l'Usine.
Hiroko Oyamada livre un roman sur l'aliénation au travail où les apparences sont souvent trompeuses. 

 

 


19 mars 2021

Le problème Spinoza,

 

 

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Le problème Spinoza, Irvin Yalom, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvette Gleize,, Livre de poche

Ce récit renvoie, sans le dire; aux interrogations contemporaines. Par sa structure, son écriture, l’aisance dans laquelle Irvin Yalom arrive à dénouer les fils de deux destins dont les soubassements sont totalement opposés prend au piège philosophique  le lecteur. Et, c’est un grand plaisir. 

Tout le long du récit nous sommes face à Spinoza dans son cheminement très personnel situé au XVII ème siècle et portant  sur l’idée de Dieu, ses interrogations sur les religions en général, les superstitions, les croyances. A ces sujets, il développe une pensée attentive et rationnelle et il consigne ses pensées au jour le jour, au risque de l’interdit. A l’opposé, nous suivons le parcours  d’Albert Rozenberg, adepte du nazisme et jouant un rôle journalistique et de propagande dans la proximité immédiate d’Hitler. Les deux hommes sont solitaires mais ne jouent pas la même partition.

Très documenté, Irvin Yalom introduit la fiction en mettant en scène le personnage de Franco qui a trahi Spinoza auprès des rabbins mais qui le regrette au point de rencontrer Spinoza au risque d’être lui-même excommunié. Les entretiens entre Franco et Spinoza ont une vivacité qui rompt avec les haines exacerbées.

Quant à Rozenberg, fasciné par Goethe il essaie de comprendre la fascination du poète pour Spinoza. Le double pan du récit qui évolue dans le temps et dans l’espace est magnifiquement structuré et le style du récit reste alerte malgré la dureté des temps.

Superbe.

 

26 janvier 2021

Le complotisme, maladie sénile de la politique

 

Unknown

 

Le complotisme, maladie sénile de la politique

Les théories du complot sont de tout temps, mais elles semblent connaitre aujourd’hui une ampleur et un développement inédits. Le recours à l’autorité scientifique est-il suffisant pour les combattre ? Le complotisme n’est-il pas plutôt le symptôme d’une crise de la politique conçue comme la capacité pour les êtres humains de faire des choix et d’agir sur le cours des choses ?

Le complotiste veut révéler une vérité que les « élites » politiques, médiatiques ou scientifiques cachent, celle d’un pouvoir d’un groupe, ou d’un individu, qui manipule le peuple et le dirige dans l’ombre. Quels que soient les acteurs, le scénario sera toujours le même. Une petite minorité, souvent désignée comme étant d’origine étrangère, se camouflant avec l’aide des « élites », manipule l’énorme majorité des gens dans l’objectif de contrôler la société. Plusieurs éléments expliquent l’impact que peut avoir ce type de discours. D’une part, la posture qui consiste à dévoiler les apparences n’est pas propre aux complotistes. Il s’agit même du rôle que se donnent traditionnellement les intellectuels, économistes, sociologues, philosophes ou les journalistes. On ne peut donc reprocher aux complotistes de vouloir faire de même. D’autre part, les complots existent bel et bien, l’histoire en regorge, et il y a bien des vérités cachées. En pleine crise sanitaire, il est donc de bon sens de s’interroger sur les laboratoires pharmaceutiques quand on a vécu l’affaire du Mediator et la connivence pour l’étouffer entre les autorités de santé, le laboratoire Servier et une grande partie des experts.

Contrairement à ce que dit Eva Illouz dans une tribune du Monde[1], la question n’est pas de croire ou pas à la science, mais de croire ou pas les scientifiques, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Or, comme l’écrit Alessendro Leiduan, leur savoir est « non argumentable », au sens où pour le valider on non, il faut faire partie de la petite cohorte d’experts du champ considéré, et « la société hyper-scientifique d’aujourd’hui a remis à l’honneur un mode de consécration du savoir qui avait cours dans les sociétés où régnait l’obscurantisme : l’allégeance à l’autorité du spécialiste (autrefois les docteurs de l’Église, aujourd’hui, les scientifiques) [2] ». Or, outre que cette autorité est bien ébranlée par les liens entre de nombreux scientifiques de premier plan et les puissances financières, la crise sanitaire a montré que des points de vue différents pouvaient exister au sein même du monde scientifique sur la façon de la combattre et il est assez sain de se demander si ces divergences ne sont pas aussi, au moins en partie, le produit de ces liens.

Si globalement les climato-sceptiques ont perdu la bataille dans les opinions publiques, c’est certes parce que le GIEC a réussi à construire un consensus de tous les experts sur le réchauffement climatique - quand tous les experts sur un sujet disent la même chose, on peut raisonnablement penser qu’ils ont raison - mais aussi, et surtout, parce que les effets concrets du réchauffement climatique se font de plus en plus durement sentir. Mais même un consensus peut se révéler erroné. Ainsi, il y avait un consensus des scientifiques sur l’existence biologique des races jusqu’à la première moitié du 20ème siècle et à la fin du 19ème siècle, tous les physiciens pensaient que l’explication du fonctionnement de l’univers était achevée. Certes il y avait deux petites expériences que l’on n’arrivait pas vraiment à expliquer, mais c’était marginal. Et puis Einstein vint…

Croire en la parole de la science est donc d’autant plus difficile que le régime démocratique n’est pas le régime de la vérité, l’epistémè, mais celui de l’opinion, la doxa. La parole du scientifique, même justifiée, laisse donc toujours un arrière-gout de frustration. L’espace public démocratique devrait être celui où règne la conflictualité des débats et le rôle de la politique devrait être de permettre de les trancher. Or nous assistons aujourd’hui à deux transformations majeures. L’espace public s’est construit historiquement comme un espace où la plupart des individus étaient des spectateurs et où s’affrontaient des personnes reconnues comme qualifiées (experts, responsables politiques ou syndicaux, journalistes). L’arrivée d’internet a totalement changé la donne pour le meilleur (démocratisation des possibilités de production, de diffusion de l’information et du commentaire), et pour le pire comme on peut le voir. De plus, et c’est probablement l’aspect essentiel, la parole des « qualifié.es » est elle aussi particulièrement dévaluée. Frédéric Lordon a raison de noter que « l’autorité des paroles institutionnelles n’a pas été effondrée du dehors par quelque choc exogène adverse : elle s’est auto-effondrée, sous le poids de tous ses manquements. […] Vient forcément le moment où l’autorité de la parole institutionnelle s’effondre parce que l’écart entre ce qu’elle dit et ce que les gens expérimentent n’est plus soutenable d’aucune manière »[3].

La montée du complotisme est à mettre en regard avec le fait que gouvernements, grands médias et de nombreux intellectuels, comme les économistes mainstream, n’ont fait depuis des décennies que défendre le « there is no alternative » cher à Margaret Thatcher. Pire, la tentation existe de marquer au fer rouge du complotisme les critiques un tant soit peu radicales du modèle néolibéral. La tension entre la décision démocratique, par définition contingente, et la parole de l’expert qui se veut définitive atteint son acmé quand cette dernière prétend, non pas éclairer le débat démocratique, mais au contraire en fermer les issues pour ne laisser ouverte qu’une possibilité. Face au complotisme, le recours à l’autorité scientifique risque de n’être qu’un piètre recours et le décryptage par les médias et autres sites gouvernementaux ne peut convaincre que les convaincus ou au mieux empêcher certains d’être ébranlés par des affirmations fantaisistes.

Quand la parole publique se met au service exclusif des dominants, quand elle ne sert qu’à justifier l’ordre néolibéral, il est assez naturel qu’apparaisse une défiance généralisée. Que celle-ci prenne la forme du complotisme est le signe inquiétant d’une crise de la politique. La politique, que Cornélius Castoriadis définissait comme « l’activité collective réfléchie et lucide visant l’institution globale de la société comme telle[4] », est aujourd’hui frappée d’aphasie. En ce sens le complotisme apparaît comme la maladie sénile de la politique. Pour faire dépérir le complotisme, il faut redonner à la politique son rôle fondamental, celui de « créer les institutions qui, intériorisées par les individus, facilitent le plus possible leur accession à leur autonomie individuelle et leur possibilité de participation effective à tout pouvoir explicite existant dans la société »[5]. Combat de long terme donc, alors même qu’une minorité infime de la population exerce la quasi-totalité des pouvoirs dans la société.

 

Ce point de vue a été publié par Le fil des communs

[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/12/10/eva-illouz-croire-a-la-science-ou-pas-est-devenu-une-question-eminemment-politique-sans-doute-celle-qui-va-decider-de-l-avenir-du-monde_6062819_3232.html.

[2] https://www.univ-tln.fr/spip.php?page=imprimer&id_article=3131.

[3] https://blog.mondediplo.net/paniques-anticomplotistes.

[4] Cornélius Castoriadis, « Pouvoir, politique, autonomie », dans « Le monde morcelé », Seuil.

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13 janvier 2021

Mumia Abu-Jamal

 

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Article paru sur le site WEB de France Culture

Mumia Abu-Jamal

quarante ans derrière les barreaux

08/01/2021

Par Nadine EPSTAIN

Mumia Abu-Jamal, c'est une vie presque entière privée de liberté. Arrêté à 27 ans pour le meurtre d’un policier blanc, il en a 67 aujourd’hui. Après quarante années à clamer son innocence, celui qui est sans doute l'un des plus vieux prisonniers américains espère encore rentrer à la maison.

Mumia Abu-Jamal, Afro-Américain, journaliste proche des Black Panthers, engagé contre la ségrégation, a vu sa vie basculer en décembre 1981. Devenu chauffeur de taxi de nuit pour nourrir sa famille, il dépose un client dans un quartier du sud de la ville de Philadelphie, en Pennsylvanie, à l’aube du 9 décembre. Mumia Abu-Jamal est blessé lors d’une fusillade, au cours de laquelle un policier blanc, Daniel Faulkner, est tué. Il est accusé du meurtre. Malgré le manque de preuves et une enquête bâclée, Mumia Abu-Jamal est condamné à mort le 3 juillet 1982.

Grâce à la mobilisation internationale et américaine, il échappe à son exécution à deux reprises en 1995 et en 1999. En décembre 2001, sa peine capitale est suspendue, bien qu’il reste enfermé dans le "death row", le couloir de la mort. En 2011, après avoir échappé à l’injection létale durant trente ans, sa peine est commuée en condamnation à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle. Il est envoyé dans l’établissement pénitentiaire de Mahanoy, à deux heures et demie de route de Philadelphie. Mumia Abu-Jamal y est toujours. Le détenu AM.8335 entame sa quarantième année de détention ... 

 

Suite de l'article en pièce jointe ...

 COLLECTIF FRANÇAIS "LIBÉRONS MUMIA !"

rassemblant une centaine d'organisations et de collectivités publiques

MEMBRE DE LA COALITION MONDIALE CONTRE LA PEINE DE MORT

Retrouvez ces infos sur notre site 

www.mumiabujamal.com 

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12 janvier 2021

Héritage

 

 

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Héritage, Miguel Bonnefoy-Rivages

Irrémédiablement emportée par ce récit qui mêle réalisme et fantastique avec une fluidité remarquable. Si la source biographique est évidente et porte l’ossature du texte, Miguel Bonnefoy ne se contente pas de décrire la réalité dans une linéarité rassurante, il travaille le passé, le présent avec une élégance narrative qui réjouit le lecteur.

Le grand-père Lonsonnier a quitté le Jura et ses vignes touchées par le phylloxera Il embarque avec peu d’argent mais avec un pied de vigne qu’il compte faire fructifier au Chili héritier d’un savoir-faire centenaire. C’est dans cette disposition que l’auteur déploie de manière subtile le fait migratoire où les français ont franchi mers et frontières. La saga familiale nous offre des vécus hors du commun : Lazarre le rescapé 14-18, Thérèse l’ornithologue, Margot la passionnée d’aviation, Mapuche Aukan apportant sa touche de magie,  le jeune LLiari Da, un révolutionnaire pro Allende qui va émigrer vers la France après avoir subi torture et humiliation. Si l’Histoire est toujours présente la narration est dite de façon alerte et en même temps très visuelle. Les scènes sont animées et le fond historique ne plombe pas les relations humaines, leur ancrage tout au contraire, stimule l’intérêt du lecteur. Si les générations successives sont confrontées à la réalité du temps, tout l’art de Miguel Bonnefoy est de nous faire vivre une saga familiale sur plusieurs générations à travers les tourments de l’Histoire qui a façonné les personnalités des héritiers du premier venu en terre chilienne.

Tant de choses évoquées en si peu de pages, c’est renversant. Et l’auteur laisse libre court à une écriture qui nous capte totalement.

Magnifique.

Niurka Règle

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02 janvier 2021

Don Quichotte sur le Yangtsé

 

Unknown

 

Don Quichotte sur le Yangtsé, Bi Feiyu, Traduit par Myriam Kryger,  Picquier poche

 Une biographie qui évolue selon les ans, les saisons, les bouleversements politiques. Nous sommes plongés au sein d’un village dans une Chine agricole marquée par la pauvreté. Les descriptions des lieux et des situations sont décrits avec une délicate mélancolie. Jusqu’à son entrée à l’université l’auteur a vécu dans un petit village du Xinhua. Le père jugé comme droitiste a subi des représailles le laissant douloureusement meurtri.. Mais ses parents, un couple d’intellectuels restera uni et l’enfant quoiqu’à la fois solitaire et espiègle révélera sa sensibilité profonde aux paysages au rythme des saisons et des travaux des champs.. Malgré les difficultés matérielles, il saura savourer les moments burlesques ou émouvants vécu dans sa jeunesse pour construire une personnalité qui le conduira à l’enseignement et à l’écriture. 

La traduction semble  fidèle à l’intense beauté d’une prose qui joue d’une certaine humilité pour mieux nous enchanter à travers une langue qui puise dans l’universel par mieux nous révéler la Chine dans ses particularités.

Très beau

Niurka Règle

26 novembre 2020

Les jardins d’hiver, Michel Moatti, Edition Herve Chopin

 

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Les jardins d’hiver, Michel Moatti, Edition Herve Chopin

Voici un roman complexe qui mêle l’Histoire et les histoires qui nouent les relations humaines. Il interroge, aussi, sur le mentir-vrai de toute écriture, et, plus précisément la mémoire et l’oubli de toute biographie qu’on se propose de coucher sur le papier. Mais, ici, le romanesque ne s’efface pas et il séduit par ses parties, linéaires, ses retours en arrière, ses renversements, ses coups de théâtre et ses réflexions sous-jacentes.

Nous sommes en Argentines en 1979. Le jeune français Mathieu Ermine, âgé de 23 ans y vit dans la méconnaissance totale de ce qui s’y vit. C’est la dictature, soeur jumelle de celle  du Chili. C’est l’horreur totale et Michel Moatti ne nous épargne rien sans aucune pesanteur et dans le même temps, il porte l’écriture sous tension. La rencontre d’Ermine avec jorge Neuman, une nuit, le long d’une route lui fera connaître les bas-fonds des « Jardins d’hiver », lieu de crimes et d’épouvante. Jorge Neuman ne lui épargnera rien, ni « la journée des crayons » où des jeunes furent kidnappés, puis tués, dont sa fille, ni les violence subies par sa femme devant ses yeux, ni les hurlements venus d’en haut, Jorge Neuman, lui-même, étant dans un sale état.

Suite à deux rencontres, l’Argentin remettra à Mathieu une épaisse enveloppe dont les documents, espère-t-il alertera l’opinion publique.Las, Matthieu Ermine relèguera l’enveloppe et c’est seulement après quarante années qu’il publiera « Jorge neuman, le disparu de Buenos Aires ».Les morts clament une certitude, mais, les disparus sont-ils morts ? Et à quels prix sont-ils vivants ?

Le récit  est structuré de façon à maintenir le lecteur dans une sorte d’attente apeurée et révoltée, pire encore, dans une sorte d’impuissance face au réel. Tout l’art de Moatti est d’éviter toute complaisance face à la violence des situations qu’il rend, cependant palpable de manière incisive. 

Un récit de haut vol.

Niurka Règle

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10 novembre 2020

La septième croix

 

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La septième croix, Anna Seghers, traduit de l’Allemand par Françoise Toraille, Métaillé

Une fresque impressionnante de l’Allemagne en 1933 et de la montée implacable du nazisme. Ce qui est décrit de façon intense et réaliste c’est la manière dont la société est insidieusement gangrenée non seulement par l’idéologie mais aussi par la peur. Anna Seghers nous livre, parfois en petits tableaux et toujours très parlants le véccu où l’oubli cède à la mémoire. Ainsi, d’anciens syndicaliste et antifascistes se murent dans le silence. D’autres souhaitent participer à l’avènement du monde nouveau qui se dessine.

Cependant certains vont révéler leur soif inébranlable de justice et de solidarité. Le personnage central est Georg Hessler, échappé avec sept autres camarades d’un camp, prémice des camps de concentration. Ici, seul les opposants au fascisme sont internés. Tous ont été retrouvés, sauf Hessler. Si dans la population, la plupart sont prêts à la délation et  à livrer Hessler s’il frappe à la porte, d’autres, peu nombreux, ne refuseront pas leur aide au risque de leur vie, de celle leur famille et de leurs amis..

Ce qui est fascinant dans le roman, c’est la description de cette société où la délation est un acte civique et la solidarité un acte dangereux pour soi, sa famille, ses amis.Les pressions sont si terribles qu’elles ferment les yeux et les bouches du plus grand nombre, sous le joug policier.

Servi par une écriture intense, on ne sort pas vraiment indemne du parcourt de Georg et de ses amis de l’ombre.

Un très beau roman, constellé de petites scènes de la vie ordinaire entre paysans, ouvriers, petits entrepreneurs, mêlés d’une façon ou d’une autre à la fuite pesante et incertaine de Georg Hessler.

Très documenté et magnifique.

Niurka Règle

12 octobre 2020

Le feu sacré

 

  

couverture LE FEU SACRÉ twitter

«  Attac Cévennes Sud »

Présente 

le vendredi 23 octobre à 20h30

au cinéma « L’arc-en-ciel de Ganges »

« Le feu sacré »

 un film d’Eric Guéret

Suivi d’un débat

 

Ce film est soutenu par nombre d'associations dont la LDH, les Déconomistes, Attac, Les Amis de l'Huma, et fera aussi l'objet d'un dossier dans Marianne lors de sa sortie en salle (Le 21 octobre)

SYNOPSIS

Dans le Nord, l’aciérie Ascoval est menacée de fermeture. Les 300 salariés ont une année pour trouver un repreneur. Dans la chaleur des fours, sur les barrages routiers et jusqu'aux couloirs de Bercy, les ouvriers, la direction, et les responsables syndicaux refusent de se laisser submerger par cette violence mondialisée : l’usine est neuve, rentable, et parfaitement convertible dans une économie de développement durable. Ce sont les vies de ces hommes et femmes et de leurs familles qui sont en jeu. Leur ténacité et leur union feront leur force.

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10 octobre 2020

EDF, Commission européenne

 

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La Commission européenne exige le démantèlement d’EDF

Un article très inquiétant de la revue "Transition et Energie"

La situation financière très dégradée d’EDF nécessite une aide rapide et massive de l’Etat au groupe public. Compte tenu de son endettement, il est virtuellement en faillite. Mais en contrepartie de ce soutien indispensable, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne exige qu’EDF soit transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales. Une difficile négociation a commencé entre Paris et Bruxelles. Le destin d’EDF sera scellé avant la fin de l’année.

Il s’agit d’une bombe dans le monde de l’énergie en France. Le site Reporterre a révélé l’existence d’un document émanant de l’Agence des participations de l’Etat qui détaille les demandes de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne en contrepartie du soutien indispensable de l’Etat à EDF. La Commission exige ni plus ni moins qu’un démantèlement de l’électricien français aujourd’hui virtuellement en faillite. Ce dernier doit supporter une dette financière brute qui se montait à 61 milliards d’euros à la fin de l’année 2019 et trouver également dans les prochaines années les moyens de financer des dizaines de  milliards d’investissements, notamment dans le nucléaire.

Une recapitalisation urgente

Il faut y ajouter la baisse brutale cette année de la demande et des prix de l’électricité, du fait des conséquences économiques de la pandémie, qui coïncide avec des opérations de maintenance importantes des centrales nucléaires, perturbées elles aussi par la crise sanitaire. Il y a également les retards, surcoûts et difficultés récurrentes du chantier de l’EPR de Flamanville, le retard du chantier de la centrale nucléaire d’Hinkley Point au Royaume Uni et le conflit avec les distributeurs indépendants d’électricité. Tout cela a contribué à dégrader encore plus vite la situation financière d’EDF.

Le temps presse maintenant pour recapitaliser la société. A la fin de l’année, elle dépassera très certainement le ratio dette sur Ebitda [bénéfice brut] de 2,7 fois. Une fois ce seuil franchi, EDF sera dégradé par les agences de notation ce qui augmentera le coût de ces emprunts.

Transformé en une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales

Mais la Commission n’a pas vraiment les mêmes objectifs que l’Etat français. Elle veut avant tout s’assurer que le groupe public ne bénéficie par d’avantages trop importants  face à ses concurrents européens. L’Agence des participations de l’État, qui porte la participation publique de 83,6 % au capital d’EDF, résumait ainsi le 6 mai dernier les exigences de Bruxelles: «la position de la Commission européenne consiste à privilégier une holding sans rôle opérationnel ni contrôle sur ses filiales et une indépendance entre celles-ci… Cette position entraînerait l’impossibilité de maintenir un groupe intégré...»

La Direction générale de la concurrence justifie le démantèlement par «l’ampleur de l’aide qui serait octroyée à EDF… afin d’éviter que le soutien au nucléaire régulé ne profite d’une quelconque manière aux autres entités du groupe». Tout cela se traduirait par un changement radical de nature du plan de sauvetage d’EDF, baptisé Hercule, dont les grandes lignes ont été définies l’an dernier.

Le plan Hercule

L’idée directrice d’Hercule est d’isoler la production nucléaire et ses risques financiers du reste du groupe. Cette entité nucléaire baptisée société Bleue devrait aussi comprendre les barrages (l’hydroélectrique) regroupés dans une société baptisée Azur qui serait contrôlée à 100% par Bleue. Cela permettrait d’échapper à la mise en concurrence des concessions échues des barrages. Le nucléaire et l’hydroélectrique seraient renationalisés. Il faudrait alors que l’Etat débourse environ 8 milliards d’euros pour racheter en bourse leurs actions EDF aux investisseurs privés.

Une autre entité baptisée Verte serait créée et comprendrait les énergies renouvelables restantes (éolien, solaire, biomasse et géothermie), les réseaux (Enedis), les services énergétiques et le commerce. Délestée du risque nucléaire et des dettes, cette seconde entité, propriété de la première, serait introduite en Bourse où sa valorisation devrait être très supérieure à celle d’EDF aujourd’hui. L’Etat en conserverait via la société Bleue 65% du capital. Mais Hercule suscite une forte opposition des syndicats. Ils y voyaient l’an dernier un premier pas vers un démantèlement d’EDF. Ils n’avaient pas forcément tort…

Réforme de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique

Il y a quelques jours l’agence Reuters annonçait que le lancement du plan Hercule devait intervenir avant la fin de l’année. Plusieurs obstacles étaient en passe d’être rapidement levés à commencer par la réforme indispensable de l’Arenh (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Ce dispositif réglemente au nom de l’ouverture à la concurrence le tarif d’accès à l’électricité nucléaire produite par EDF. Il permet aux concurrents de pouvoir acheter jusqu’à 100 terawatts-heures (TWh) par an à un tarif bloqué de 42 euros par mégawatt-heure (MWh). La Commission de régulation de l’énergie, le régulateur du secteur, a rendu fin juillet un rapport favorable à la réforme de l’Arenh. Ce dispositif, adopté en 2010 et qui est prévu jusqu’en 2025, crée une concurrence artificielle et a vu se multiplier depuis des mois les conflits entre l’électricien public et ses concurrents distributeurs.

EDF ne cesse de dénoncer un prix de vente trop bas qui constitue selon lui une forme de subvention pour ses concurrents, tels que Total Direct Energie, Engie ou Eni, et ne lui permet pas de financer les investissements indispensables dans le nucléaire.

Mais la réforme de l’Arenh n’est plus le principal problème à régler avant de pouvoir restructurer EDF. Le plus difficile pour le gouvernement français va être maintenant de convaincre la Commission européenne que démanteler l’électricien public français n’est dans l’intérêt de personne. Une première rencontre s’est tenue fin septembre à Bruxelles entre Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et la Commissaire européenne à la concurrence Margrethe Vestager. Le destin d’EDF sera scellé avant la fin de l’année.

 

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