Pourquoi pas ? Le blog de Niurka R.

19 avril 2019

De l’agent orange étasunien au Roundup européen : Le Vietnam poursuit sa lutte !

 

De l’agent orange étasunien au Roundup européen : Le Vietnam poursuit sa lutte !

Le Vietnam vient d’interdire sur son sol l’usage du célèbre glyphosate, fleuron du géant euro-étasunien Bayer-Monsanto, mieux connu sous son nom commercial Roundup. Cette décision, dans le sillage de la résistance de l’agro-écologie cubaine contre l’agrobusiness depuis les années 2000, s’inscrit aussi dans une politique nationale qui avait déjà infligé à Monsanto une première défaite juridique concernant le funeste « agent orange », puissant désherbant jadis utilisé dans le génocide étasunien des vietnamiens (plus de trois millions de victimes atteintes de cancer jusqu’à aujourd’hui dans le pays). Monsanto a d’ailleurs été condamné à verser des indemnités aux victimes.

Bayer-Monsanto, d’autant plus vorace qu’il est désormais quasiment seul sur le marché mondial, ne se laissera pas faire et s’apprête à déposer des recours contre le Vietnam auprès de l’OMC pour lui infliger des sanctions économiques.

La firme est d’ailleurs engagée dans une véritable guerre médiatique pour cacher les effets néfastes de son produit phare, avec la volonté de « ne rien laisser passer » (« Let nothing go », mot d’ordre d’une véritable contre-offensive planifiée dans les documents internes à Monsanto, dévoilés en 2017 par les “ Monsanto Papers ”). Deux plaignants atteints de lymphomes ont eu récemment gain de cause (aux EU et en France) contre Monsanto, avec des effets médiatiques qui ont déjà bousculé le géant... pendant que 4000 cas sont encore en attente de jugement !

Le centre de cette contre-offensive, dévoilé par les “ Monsanto Papers ”, oppose l’OMS qui avait classifié en 2015 le glyphosate comme « cancérogène probable » (effets avérés sur les mammifères de laboratoire mais pas encore sur l’homme) à l’AEPC (Agence Européenne de réglementation des Produits Chimiques). Cette dernière, qui a déclassifié le désherbant en 2017, s’appuyait en effet sur des résultats d’analyse dont les auteurs ont travaillé dans le privé pour Monsanto ! Un conflit d’intérêt qui en dit long sur les lobbies européens sans scrupules qui, par la voie de pseudo-organismes officiels, piétinent les intérêts de la population pour répondre aux exigences de profit maximum des grands monopoles de l’agrochimie. A plus forte raison quand la firme en question devient « européenne ».

Désormais, on observe en Europe et en France une puissante campagne médiatique pro-roundup tout à fait opportune à l’heure du rachat de Monsanto par Bayer : Les vieux engagements d’interdire le roundup, y compris celui de Hulot et Macron en France, sont successivement abandonnés dans les Parlements, au nom d’une soit disant impossibilité pour les agriculteurs de mettre en place des stratégies alternatives sur le court terme. Il faudrait au minimum un « délai » de plusieurs années... pendant lequel les avocats de Bayer auront largement le temps d’innocenter leur roundup ! Le Sri lanka qui avait par exemple tenté en 2015 une interdiction du produit sur son sol a fini par revenir sur sa décision l’année dernière...

Impossibilité ? Alors pourquoi des pays comme Cuba et maintenant le Vietnam, sont en mesure de l’interdire sur le champ ? N’est-ce pas l’aveu que les tergiversations occidentales et notamment européenne et française sur le glyphosate ne sont pas le fait d’un soucis pour les paysans mais bien d’un travail particulièrement actif des lobbies de l’agrobuziness dans des régions (Europe et EU) toujours leaders de l’agriculture intensive ? D’ailleurs pourquoi son usage est-il désormais interdit pour les particuliers alors qu’il continue d’être le produit « indispensable » pour les agriculteurs (700 000 tonnes utilisées chaque année dans le monde) ? On trouve le produit partout, dans nos assiettes (un produit sur deux selon l’ONG Génération Future) mais aussi dans l’eau, dans l’air...

En réalité les lobbies du glyphosate jouent sur les mots : effectivement la dose de glyphosate que nous ingérons en tant que consommateurs est sans doute peu toxique, mis à part pour les femmes enceintes et les nourrissons. Mais le problème se pose bien plus concrètement pour la santé des paysans eux-mêmes (les cas qui ont eu gain de cause contre Monsanto sont d’ailleurs des producteurs et non des consommateurs) et sur la qualité des sols cultivés.

On sait maintenant quels sont les effets destructeurs historiques de l’agriculture intensive (d’inspiration euro-étasunienne d’après-guerre) sur la fertilité des sols, niant l’aérobiologie au profit d’une mécanique et réductrice « agrochimie » tuant progressivement la vie des sols et des agrosystèmes qui nous nourrissent. Même sur ce plan les mouvements politiques dits « écologiques », quand ils ne remplacent pas purement et simplement les intérêts de classe des producteurs par ceux de nébuleux « consommateurs » (ne sont-ce pas les mêmes ?), accusent simplement le roundup de mettre les abeilles en péril, mais jamais la vie, la fertilité naturelle des sols cultivés eux mêmes, c’est-à-dire de ce qui concrètement nous nourrit tous ! Cette inversion des logiques de lutte, qui table sur des boycotts de consommateurs « décroissants » contre une lutte visant à promouvoir des alternative productives à l’agrochimie (comme c’est le cas à Cuba aujourd’hui avec les succès que l’on connait), nuit concrètement à « l’écologie » en l’opposant à la lutte de classe mondiale pour la souveraineté et la liberté des peuples à choisir leur propre voie (c’est actuellement le cas au Vietnam). Elle ouvre le flan aux « arguments » économiques des Bayer-Monsanto. Le chantage se fait déjà sentir par la voix du ministre américain de l’agriculture Sonny Perdue, notoirement lobbyiste pro-Monsanto, qui vient de déclarer « Nous sommes déçus [de la décision d’Hanoï] qui va avoir des effets dévastateurs sur la production agricole mondiale (...) Si nous voulons nourrir dix milliards de personnes en 2050, les agriculteurs du monde entier doivent avoir accès à tous les outils et technologies à leur disposition ».

Or c’est bien la souveraineté nationale des pays qui ne se soumettent pas à l’impérialisme, y compris sous sa forme agro-industrielle, qui est ici en jeu, et non d’abstraits et nébuleux engagements « mondiaux » jamais suivis des faits et toujours orientés dans l’injonction aux pays du sud à ne jamais se développer. C’est ainsi que Cuba socialiste pose la question. Et c’est visiblement dans ce sillage que s’inscrit le Vietnam actuellement. C’est plus généralement dans un combat résolu contre l’Union Européenne, fourmilière de lobbies en tous genres uniquement destinée au profit maximum de ses grands monopoles impérialistes et contre les intérêts vitaux des populations intra- comme extra-européennes, qu’il faut se placer pour réaliser des avancées concrètes en matière d’écologie, et non « en coopération avec l’UE » comme le clament unanimement les parties « verts », de collaboration de classe, dans les pays capitalistes.

»» https://germinallejournal.jimdo.com/2019/04/12/de-l-agent-orange-us-au...

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18 avril 2019

L’incendie de Notre Dame de Paris

 

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L’incendie de Notre Dame de Paris

symptôme d’une certaine décrépitude de l’Etat

Dans le monde entier, sur tous les écrans, on a vu flamber l’un des deux monuments, avec la Tout Eiffel, emblématiques de l’image de Paris, capitale de la France. Imaginons ce qu’ont pu se dire, les premiers instants d’effroi et de compassion passés, ces milliards d’individus stupéfaits : comment se fait-il que, dans la 5° ou 6° puissance mondiale, on ait pu laisser se produire pareille chose, alors que le pouvoir politique exclut, a priori, la thèse de la malveillance ou de l’attentat ? Qui sont les responsables, quand on dispose de tous les moyens techniques pour prévenir une telle catastrophe ? 

On en saura sans doute un peu plus sur la chaîne des responsabilités, et il y aura des architectes pour poser les bonnes questions. En voici quelques unes, déjà soulevées. L’immense chantier de rénovation de la flèche entrepris était-il nécessaire, du moins sous cette forme ? Comment n’a-t-on pas imaginé que le gigantesque échafaudage, construit à cet effet, pouvait présenter des risques majeurs en cas d’effondrement (il a résisté, mais, si ce n’avait pas été le cas, il aurait achevé de détruire le monument)? Le système d’alarme au feu était-il suffisant (deux alarmes, à ce qu’on sait, se sont déclenchées, mais pour la deuxième il était déjà trop tard) ? Comment n’a-t-on pas prévu qu’un simple point chaud consécutif à une soudure (c’est l’hypothèse la plus probable) était susceptible de mettre le feu à toute la charpente ? Pourquoi des rondes systématiques n’ont-elles pas été effectuées après le départ des ouvriers ? Quelle que soit la cause, il est clair qu’il y a eu une négligence quelque part. D’où de nouvelles questions.

L’architecte des monuments historiques était-il à la hauteur ? Une commission s’était-t-elle penchée sur le sujet ? Quel était le cahier des charges des entreprises choisies pour la rénovation ? Quelles garanties offraient-elles ? Et bien d’autres questions que l’on laissera aux spécialistes. 

Toujours est-il qu’on ne saurait invoquer la fatalité ou l’inexistence d’un risque zéro en la matière, car, s’il y avait le moindre risque, il ne fallait pas le prendre, ou du moins devait-on le circonscrire au maximum. En vérité l’Etat (le Ministère de la culture) a été au-dessous de ses responsabilités, peut-être par manque de moyens, ou simplement par négligence coupable. Il ne s’agit pas ici d’instruire un faux procès, mais de chercher comment et pourquoi a pu se produire une défaillance aussi dramatique, alors que la cathédrale avait échappé à l’incendie pendant près de 10 siècles. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que l’Etat ne sait plus comment bien remplir ses missions. Souvenons nous aussi qu’on a commencé à réduire les effectifs des pompiers professionnels dans le pays, en cherchant à compenser cette diminution par le volontariat. Sans eux, la cathédrale ne serait plus qu’un tas de cendres.

Tony Andreani

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Le problème n’est pas la Chine

 

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Le problème n’est pas la Chine

La marotte des dirigeants du Vieux Continent ces dernières semaines est «l’unité» de l’Union européenne pour faire face au mastodonte chinois. En effet, le géant asiatique serait une menace pour l’économie et la souveraineté européennes et tenterait de diviser les Européens.

Malheureusement ce joli discours ne tient pas face au réel. La principale menace sur les économies européennes vient en effet du fonctionnement de l’Union européenne elle-même, qui organise la concurrence de tous contre tous à l’intérieur des frontières de l’UE.

Les travailleurs détachés ne sont pas chinois, ils sont bel et bien européens. Quand des États comme les Pays-Bas, le Luxembourg ou l’Irlande font jouer la concurrence fiscale à l’intérieur de l’UE, ils ne font pas perdre des milliards d’euros à la Chine, ils empêchent des pays européens de financer leurs services publics ou de pouvoir investir dans une réelle politique industrielle.

Quand l’Allemagne a fait stagner ses salaires pendant des années, elle n’a pas obtenu un avantage de compétitivité par rapport à la Chine mais bien par rapport à des pays comme l’Italie ou la France, etc., etc.

La Chine ne crée pas de divisions en Europe, elle utilise celles qui existent déjà. Il n’y a pas de politique industrielle européenne ni de politique fiscale européenne. Les projets comme Airbus ne sont pas issus de l’UE mais de la coopération de quelques pays. Quoi de plus normal alors que chaque État membre cherche à profiter des douceurs de l’Empire du milieu.

Pourtant, pour tout groupe social, l’existence d’un «ennemi» commun est le meilleur moyen de se fédérer, au-delà de ce qui peut séparer. Mais cela ne semble pas fonctionner pour l’UE. Même le dossier du Brexit a bien montré que les 27 n’étaient pas d’accord sur l’approche à adopter.

Avant de brandir des menaces extérieures, de se moquer du désordre qui règne au Parlement britannique, les Européens seraient bien avisés de faire leur propre autocritique s’ils veulent parvenir un jour à une véritable «union».

Nicolas Klein

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10 avril 2019

Appel des Gilets jaunes de Saint-Nazaire: Assemblée des assemblées

 

Appel des Gilets jaunes de Saint-Nazaire: Assemblée des assemblées

  • 8 AVR. 2019
  •  
  • PAR 
  • Nous, Gilets Jaunes, constitué.e.s en assemblées de nos Assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble.

Cet appel sera soumis au vote par les assemblées locales. 

Nous, Gilets Jaunes, constitué.e.s en assemblées de nos Assemblées locales, réunis à Saint-Nazaire les 5, 6 et 7 avril 2019, nous adressons au peuple dans son ensemble.

A la suite de la 1ère assemblée de Commercy, environ 200 délégations présentes poursuivent leurs combats contre les politiques d'extrémisme libéral pour la Liberté, l'Egalité et la Fraternité !

Malgré l'escalade répressive du gouvernement, l'accumulation de lois qui aggravent pour tous les conditions de vie, qui détruisent les droits et libertés ; la mobilisation s'enracine pour changer le système incarné par Macron !

Pour seule réponse aux aspirations convergentes des gilets jaunes et autres mouvements de luttes, le gouvernement panique et oppose une dérive autoritaire.

Depuis 5 mois, partout en France, sur les ronds-points, les parkings, les places, les péages, dans les manifestations, au sein de nos assemblées : nous continuons à débattre, à nous battre contre toutes les formes d'inégalités, d'injustice, de discriminations, et pour la solidarité et la dignité. 

Dimanche 07/04/2019, Saint-Nazaire. 

Nous revendiquons :

–  l'augmentation générale des salaires, des retraites et des minimas sociaux ;

–  des services publics pour toutes et tous.

Notre solidarité et nos luttes vont tout particulièrement aux 9 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté.

Conscients de l'urgence environnementale, nous affirmons « Fin du monde, fin du mois, même logique, même combat ! »

Face à la mascarade du grand débat, face à un gouvernement non représentatif et au service d'une minorité privilégiée, nous mettons en place les nouvelles formes d'une démocratie directe.

Concrètement, nous reconnaissons que l'Assemblée des assemblées peut recevoir des propositions issues des assemblées locales et émettre des orientations (comme l'appel de la première Assemblée des Assemblées de Commercy). Ces orientations sont ensuite systématiquement soumises aux groupes locaux.

L'Assemblée des assemblées réaffirme son indépendance à l'égard des partis politiques, des organisations syndicales, et ne reconnaît aucun leader auto-proclamé.

Pendant 3 jours, en assemblée plénière et par groupes thématiques, nous avons toutes et tous débattu et élaboré des propositions sur nos revendications, actions, moyens de communication et de coordination.

Nous nous inscrivons dans la durée et décidons d'organiser une prochaine assemblée des assemblées en juin.

Afin de renforcer le rapport de force, de mettre l'ensemble des citoyennes et citoyens en ordre de bataille contre ce système, l'Assemblée des assemblées appelle à des actions dont le calendrier sera prochainement diffusé par le biais d'une plate-forme numérique dédiée et sécurisée.

L'Assemblée des assemblées appelle à élargir et renforcer les assemblées locales souveraines et à en créer de nouvelles.

Nous appelons l'ensemble des Gilets Jaunes à diffuser cet appel et les conclusions de notre Assemblée.

Les résultats des travaux réalisés en plénière sont mis à disposition des assemblées locales pour alimenter les actions et les réflexions des assemblées.

Nous lançons plusieurs appels : sur les Européennes, les assemblées citoyennes et populaires locales, contre la répression et pour l'annulation des peines des prisonniers et condamnés du mouvement.

Il nous semble nécessaire de prendre un temps de 3 semaines pour mobiliser l'ensemble des Gilets Jaunes et convaincre celles et ceux qui ne le sont pas encore !

Nous appelons à une semaine Jaune d'actions à partir du 1er Mai.

Nous invitons toutes les personnes voulant mettre fin à l'accaparement du Vivant à assumer une conflictualité avec le système actuel, pour créer ensemble, par tous les moyens nécessaires un nouveau mouvement social écologique populaire.

La multiplication des luttes actuelles nous appelle à rechercher l'unité d'action.

Nous appelons à tous les échelons du territoire à combattre collectivement pour obtenir la satisfaction de nos revendications sociales, fiscales, écologiques et démocratiques.

Conscients que nous avons à combattre un système global, nous considérons qu'il faudra sortir du capitalisme.

Ainsi nous construirons collectivement ce fameux « toutes et tous ensemble » que nous scandons et qui rend tout possible : nous construisons toutes et tous ensemble, à tous les niveaux du territoire.

Le pouvoir du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple. Ne nous regardez pas, rejoignez-nous !

L'assemblée des Assemblées des Gilets Jaunes. 

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“L’européisme est l’opium de nos élites”

 

Debray-2016

 

Régis Debray : “L’européisme est l’opium de nos élites”

 

CRITIQUE DE LA RAISON EUROPÉENNE·VENDREDI 5 AVRIL 2019

Si vous trouvez cinq minutes, n’hésitez pas à lire ce petit texte de 1000 mots qui recense l'excellent "L'Europe Fantôme" de Régis Debray, dans lequel l’ancien compagnon de Che Guevara déconstruit à merveille l'européisme, nouvelle religion politique de nos élites. Par Etienne Campion.

____________________________________________________________

Dans L’Europe fantôme (Gallimard, 2019), Régis Debray s’attaque à déconstruire les soubassements spirituels de la construction européenne, qu’il assimile à une religion politique et séculaire. Un petit essai qu’il faut absolument lire pour qui n’a pas abdiqué à comprendre les raisons profondes du désastre de l’Union européenne, au-delà des analyses simplificatrices et naïves. Si le projet européen est arrivé dans une telle impasse, ce n’est nullement par hasard, mais bien parce que dès le départ, le projet politique européen partait d’un mysticisme qui montre aujourd’hui sa vacuité : « Vision mystique engrisaillée, projet politique encalminé, les deux ne sont pas sans rapports ». Debray part d’un constat simple et objectif : le drapeau européen représente les douze étoiles de la Vierge dans l’Apocalypse de Jean, tout comme il renvoie aux douze tribus d’Israël, et aux douze apôtres des Évangiles.

Les européistes et nos dirigeants ont donc beau jeu de s’affirmer laïcs et clairvoyants, reste qu’ils adhèrent à un grand culte séculier, quoique non déclaré : l’européisme. Car « les grandes religions séculières ne se font pas enregistrer au bureau des cultes du ministère de l’intérieur », observe Debray. Mais il demeure qu’un culte séculier n’aura jamais ni la force, ni la capacité de durer d’une véritable religion. En témoigne la totale désincarnation du culte européen, à l’image de l’euro : « L’euro est un billet de Monopoly, sans date, sans lieu ni devise, illustration fantomatique d’un no man’s land incorporel. »

D’autant que cette religion n’est plus partagée que par les classes dominantes et les élites, observe Debray. Michelet nous apprenait qu’« en nationalité, c’est tout comme en géologie, la chaleur est en bas ». Debray ajoute que pour l’Union européenne, la chaleur est en haut, et ne descend pas. L’européisme est donc un sentiment aux antipodes du patriotisme, non seulement dans l’idéologie, mais bien dans la sociologie qui l’anime, explique-t-il. C’est là son impasse, c’est là, aussi, son artifice. « Il est vrai que les cultes séculiers ont une espérance de vie plus courte que leurs aînés et l’européisme, ce culte marial qui s’ignore, ne prélève pas de lourds impôts de chair et de sang, d’intelligence tout au plus. Ceux qui clament « l’islam c’est la solution » se comptent par centaines de millions, ceux qui affirment « l’Europe c’est la solution » n’occupent pas les péages d’autoroutes ni les halls de mairie, seulement les cabinets ministériels, les rédactions, les fondations et les instituts bancaires ».

De même, le conformisme des grandes métropoles n’est pas étranger à la survie de l’européisme, il fait office d’« éponge » dans l’esprit de ceux qui y résident pour y maintenir un grégarisme spirituel, l’idéologie des gagnants de la mondialisation. Qui, paradoxalement tant ils sont censés être les plus cultivés, font la preuve du plus grand conformisme intellectuel : « Les mobinautes multi-passeports des centres-villes qui mangent bio et prennent l’avion carbonifère continuent d’adhérer, c’est le sort des éponges, mais les gens qui « fument des clopes et roulent au diesel » (selon les termes d’un ministre très européen) désertent les lieux de culte et de vote ».

Pour Debray, l’européisme est donc « l’opium de nos élites, expression de leur détresse politique et protestation contre cette même détresse ». C’est-à-dire leur maladie, mais aussi leur remède contre cette même maladie. D’où l’impasse politique actuelle et cette métaphore du fantôme : un spectre toujours là, qui hante les esprits sans jamais s’en aller. Mais l’européisme est aussi la manifestation d’expressions psychologiques profondément enfouies chez ses adeptes. De même qu’il se parent de bons sentiments, ils font preuve d’un déni de réalité en recourant au « principe de plaisir ». En psychologie, le principe de plaisir a trait à ce que nous allons chercher au fond de nous-mêmes pour ne pas voir une réalité qui dérange et s’éviter une douleur. L’européisme fait donc preuve de ce principe de plaisir pour ne pas voir la réalité, celle de son échec. D’où ces shoots de sérotonine pour se maintenir en vie avec des slogans tels que « l’Europe c’est la paix ! », ou « Ensemble on est plus forts ! ».

C’est d’ailleurs pour cela, selon Debray, qu’on voit reparaître systématiquement l’injonction à « refaire l’Europe », à l’« autre Europe », à « relancer l’Europe ». Pour nier le réel en s’enfermant dans des visions plus confortables. Choses que Debray désigne par le « caractère juvénile des illusions de la refondation et du nouveau départ », rappelant l’immaturité politique de la pensée européiste, qui fait preuve d’une totale indifférence à l’égard du principe de réalité qui doit animer normalement toute politique. Continuer à croire en l’Union européenne quand celle-ci montre toujours plus ses défaillances est donc comparable au mythe de Sisyphe : « Il faut s’imaginer Sisyphe heureux, et le boute-en-train européen n’est pas mou du genou ».

En ce qui a trait aux familles et aux partis politiques, selon Debray cet « ersatz de messianisme » qu’est l’européisme a cristallisé dans l’échiquier politique le ralliement des « orphelins d’attentes déçues » de deux autres millénarismes mourant, la social-démocratie et la démocratie chrétienne. Et Jacques Delors fut l’incarnation chimiquement pure de cette rencontre, d’où le consensus sur son nom.

Mais le problème du ralliement au projet européen de ces deux millénarismes est qu’ils ont bien vite laissé place à la réalité du marché. Ils se « sont effondrés, et ne reste plus qu’un néolibéralisme sec et cru. (…) Le poétique a fondu, remettant l’économique à nu : classique revanche du moyen sur la fin. Les anciennes promesses eschatologiques se sont repliées sur le marché ». Et plus métaphoriquement : « Le banquet libertaire prend les lointains horizons en charge, le banquier libéral les problèmes immédiats ».

Quant à la construction européenne en tant que telle, elle est pour Debray un processus contre-nature : son institutionnalisation est le principe même de son anéantissement. « Lorsque l’Europe rayonnait sur le monde elle n’existait pas comme institution ou confédération ». Debray pense à De Gaulle dans Les chênes qu’on abat : « L’Europe dont les nations se haïssaient avait plus de réalité qu’aujourd’hui. » Il cite aussi Emmanuel Berl, dans l’Histoire de l’Europe : « Le propre des Européens est de se refuser eux-mêmes à leur unification, comme ils ont toujours distingué le spirituel et le temporel, que l’islam, Rome, la Russie et la Chine confondent. »

Enfin, reconnaissons à Régis Debray de remettre en cause le projet européen dans son ensemble et dès ses origines, contrairement à de trop nombreux observateurs pour qui la construction européenne était, en gros, « un beau projet qui a mal tourné ». Debray est en effet conscient de la réalité du rôle de Jean Monnet et de l’influence américaine dans la construction européenne et en tire les conclusions qui s’imposent. « L’avortement du projet initial était inscrit dans sa conception même » car Jean Monnet, « banquier de son état » croyait « que d’un Marché commun sortirait une Europe fédérée comme on fait un enfant dans le dos à une dame réticente, et elle l’était effectivement ».

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02 avril 2019

Le Choeur de l'Art Mais Rouge (CAMaR), J'ai vraiment les boules

 

 

Le Choeur de l'Art Mais Rouge (CAMaR) - J'ai vraiment les boules

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13 mars 2019

Nous marcherons ensemble pour un printemps climatique et social

 

 

 

Nous marcherons ensemble - pour un printemps climatique et social

 
 

Tribune 13 mars 2019

 
 

Dans une tribune publiée ce matin sur le site de France inter, Attac, le CRID, la CGT, le comité vérité et justice pour Adama, France nature environnement, Oxfam, et des dizaines d’autres associations, syndicats et ONG, appellent à « marcher ensemble pour un printemps climatique et social » le 16 mars et à réaliser un #ActeCommun à 15h.

 
 

Le 16 mars, nous serons dans la rue, à l’appel de centaines d’organisations associatives et syndicales, de mouvements citoyens, de gilets jaunes. Que l’on marche pour le climat, pour la justice sociale ou contre les violences policières et contre tous les racismes qui gangrènent la société et les institutions, nous marcherons ensemble. Nous dénoncerons les effets d’un capitalisme financier qui fait exploser les inégalités sociales et qui exploite toujours plus la nature, sans tenir compte des désastres écologiques engendrés. Nous dénoncerons toutes les formes de discriminations, les agissements des multinationales, des banques, des institutions financières et la politique du gouvernement, qui favorise ce système tout en dénigrant et en réprimant les mouvements qui s’y opposent. Nous y porterons l’espoir d’une société égalitaire, respectueuse de la dignité des personnes et de notre environnement, basée sur la coopération, la solidarité et le partage, prenant le contrepied de notre système actuel.

Les personnes, les mouvements, les organisations qui luttent dans ce sens sont incessamment réprimés et violentés, parfois tués. La norme semble inversée : celles et ceux qui défendent l’intérêt général sont traités comme des criminels. Depuis le début des manifestations des gilets jaunes, ces violences ont notamment fait des milliers de blessé.e-s, dont certain.e.s gravement, plus de 20 mutilé.e.s et un décès. D’une manière générale, nous exigeons vérité et justice pour toutes les victimes de violences policières et nous opposons à l’usage de techniques d’immobilisation et des armes mortelles utilisées par la police. Nous dénonçons la loi « anticasseurs », qui s’attaque au droit de manifester. Ces violences s’ajoutent à celle de l’État, exercée contre toute une partie de sa population, contre les plus pauvres, contre les personnes racisé.e.s, contre les migrant.e.s, chassé.e.s et traité.e.s dans des conditions indignes. Dans un contexte où le racisme progresse, nous nous soulevons contre toutes les formes de discriminations qui privent leurs victimes de leurs droits à l’embauche, au logement, à la santé, à l’éducation.

Malgré toute cette violence subie, nous ne nous tairons pas. La situation dans le monde ne fait que se dégrader. La multiplication d’événements climatiques extrêmes le montre :il y a urgence à combattre le réchauffement climatique et le contenir en deçà de 1,5°C, comme le propose le dernier rapport des experts du climat, le GIEC. Il s’agit de diminuer drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, alors qu’elles sont reparties à la hausse (+3,2% en France en 2017) du fait de politiques climaticides menés par les gouvernements, dont celui de la France. Nous voulons un gouvernement qui stoppe ces politiques et prenne des mesures fortes en faveur du climat.

Le mouvement des gilets jaunes met quant à lui dans le débat public l’état de notre démocratie et l’ensemble de la politique sociale et fiscale du gouvernement. Aux fins de mois de plus en plus difficiles d’une majorité de la population et alors que l’évasion fiscale n’a jamais été aussi importante, accéder à l’emploi, à une éducation décente, à un logement salubre, aux services de santé, à une alimentation saine…relève déjà de l’impossible pour beaucoup. Or, le gouvernement ne répond pas à ces colères. Pendant qu’il prétend mener un grand débat, il poursuit sa politique néolibérale.

Pour garantir à chacun.e une existence digne, il faut rompre avec cette politique pourpartager les richesses, tout en répondant aux impératifs écologiques : faire payer d’abord les plus grands pollueurs, restaurer des services publics et commerces de proximité, financer massivement les transports en commun quotidiens et la rénovation et l’isolation des logements, cesser les accords de libre-échange et relocaliser les activités, … Il faut dans le même temps respecter le principe de l’égalité dans l’accès aux droits et mettre en place une politique de liberté de circulation et d’installation. Ces alternatives et bien d’autres sont à la fois justes socialement et efficaces écologiquement. Fin du monde et fin du mois relèvent du même combat.

Nous marcherons donc ensemble, parce que nos combats sont les mêmes et que nous pointons les mêmes responsables. Samedi 16 mars à 15h, dans tous les rassemblements qui auront lieu partout en France, le même geste symbolique montrera que nos mobilisations ne s’opposent pas et ne nous divisent pas, bien au contraire.

Premiers signataires :

  • > Birthe Pedersen, Présidente d’Action-Aid Peuples Solidaires,
  • > Nacer El Idrissi, Association des travailleurs maghrébins de France,
  • > Yveline Nicolas, coordinatrice de l’Association Adéquations,
  • > Aurélie Trouvé, Porte-parole d’Attac France,
  • > Sabine Rosset, Directrice Générale de BLOOM,
  • > Ibrahim MBAMOKO, Secrétaire executif de Carre Geo & Environnement France,
  • > Benoit Faucheux, Délégué Général du CCFD-Terre Solidaire,
  • > Jean Claude Olliva, Directeur de la Coordination Eau Île-de-France,
  • > Coalition internationale des Sans-Papiers et Migrant-e-s, intégration 21
  • > Sissoko Anzoumane pour la Coalition internationale des Sans-Papiers et Migrant-e-s 75,
  • > Philippe Martinez, Secrétaire général de la CGT,
  • > Youcef Brakni et Assa Traoré pour le Comité vérité et justice pour Adama,
  • > Omar Slaouti pour le Collectif Vérité et Justice pour Ali Ziri,
  • > Collectif Enseignants pour la Planète
  • > Georges Lemee, Président du Collectif Sarthois "Pour une Terre plus Humaine”,
  • > Ramata Dieng pour le Collectif Vies volées, Collectif Vérité et Justice pour Lamine Dieng,
  • > Emmanuel Poilane, Président du CRID,
  • > Jean-Baptiste Eyraud, Porte-parole du Droit au logement,
  • > Ende Gelande France
  • > Michel Dubromel, Président de France Nature Environnement,
  • > Said Bouamama pour le Front Uni des immigrations et des quartiers populaires,
  • > Janette Habel pour la Fondation Copernic,
  • > Yacine AIT KACI, Vice-Président de la Fondation ELYX,
  • > Jérémie Chomette, Délégué Général de France Libertés,
  • > Elliot Lepers, Directeur Général de l’ONG Le Mouvement,
  • > Malik Salemcourt, Président de la Ligue des droits de l’homme,
  • > Jean-François Quantin, Co-président du MRAP - Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples,
  • > Clotilde Bato, Présidente de Notre affaire à tous,
  • > Cécile Duflot, Déléguée Générale d’Oxfam France,
  • > Jean-Louis Marolleau, Secrétaire Exécutif du Réseau Foi et Justice Afrique Europe,
  • > Sandra Cossart, Directrice de Sherpa,
  • > Jacques Godard co-président de SOL, Alternatives Agroécologiques et solidaires,
  • > Kevin Jean, Président de Sciences Citoyennes,
  • > Eric Beynel, Porte-parole de l’Union syndicale Solidaires,
  • > Denis Godart pour Zone de solidarité populaire, Paris 18e,
  • > Olivier Dubuquoy pour ZEA,
  • > Clémence Dubois, Porte-parole de 350.org,

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04 mars 2019

Une ville à soi

 

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Une ville à soi, Chi Li, Actes Sud

Un court roman qui décrit le désir d’émancipation  de deux femmes, tout en respectant une éthique fondée sur la tradition. Et c’est le jeu des tensions  entre ces deux désirs qui fonde l’intérêt de ce roman à l’écriture déliée et précise, non dénué d’humour. Deux magnifiques portraits de femmes dont l’amitié s’approfondit jusqu’à devenir incontournable.

Mijie, la trentaine passée,  est une femme au caractère trempé. Ancienne militaire, elle a gardé de cette époque la volonté, la maîtrise de sa vie et une capacité à mener à bien son commerce de cireuses de chaussures. Un jour, apparaît la jeune et belle Fengchun qui lui propose ses services.. Cette dernière veut d’une certaine manière défier son époux futile et incompétent qui la délaisse.. Peu à peu se noue entre les deux femmes une amitié forte mais exigente, aux contours parfois rudes. Il y est question du statut de la femme en Chine, de la nécessité de s'affirmer. Une autre femme, la belle mère de Mijie, se tient dans l’ombre et veille à sauvegarder cette amitié en empêchant qu’elle ne se brise à un moment de forte tension. 

Roman d’apprentissage dans le cadre d'un quartier de la ville de Wuhan. L’hommage quii lui est rendu  la décrit vivante, s’adaptant aux vicissitudes de l’Histoire, sachant les surmonter tout en restant toujours elle-même.

Une belle incursion dans la Chine réelle.

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03 mars 2019

J'ai pleuré aujourd'hui...

 

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