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Pourquoi pas ? Le blog de Niurka R.

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14 mai 2025

Guerre à Gaza, Joe Sacco, édition Futuropolis

Une BD saisissante par l'implication personnelle de Joe Sacco dans la tourmente cruelle que connait la Palestine. L'horreur de la situation est marquée par notre impuissance de changer la la situation. La responsabilité est double : celle d’Israel mais surtout celle des Etats Unis. Une analyse souffrante et presque désespérée. Une BD en noir et blanc, courte mais qui en dit long sur le génocide en cours. La mise en page, le dessin, les bulles nous font vivre de façon  accablante le vécu génocidaire du peuple palestinien. A mettre entre toutes les mains, le faire connaitre, le diffuser.

 

Niurka Règle

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6 mai 2025

La folle évasion

La folle évasion

 

 

La folle évasion, Sandrine Bonini, illustrations de Merwan Chabane, Seuil Jeunesse

 

Tessa adore ses parents  sauf que ses parents décident tout à sa place et ça lui pèse lourd. Un jour, au collège, on lui demande d’aller s’assoir auprès de Matéo. Autant Tessa est studieuse et bien élevée, autant Matéo est déjanté et n’ pour bonheur que son skate qu’il traine toujours avec lui. Entre les deux ça coince jusqu’au moment ils sont entrainé dans une aventure rocambolesque qui les entraine dans des situations effrayante à rebondissements sans cesse renouvelés. Récit malicieux qui mêle étrangeté et réalisme la cavalcade échevelée de nos jeunes aventuriers .Un récit malicieux, une écriture légère et vivante aidée par tune typographie aérée très agréable. Les héros sont mis en scène par des illustrations  animée et parfaitement adaptées aux diverses situations. Très réussi.

A recommander à partir de Huit ans

22 mars 2025

Au Pays du cerf blanc

Au Pays du cerf blanc, Chen Zhongshi, traduit du chinois par Shao Baoking et Solange Cruveillé,  Seuil

 

Un récit romanesque situé dans la première partie du siècle passé. Au Pays Cerf Blanc, les paysans pauvres souffrent de la faim. Quelques notables enrichis au fil des ans  ont le pouvoir. Une révolte paysanne se termine dans un bain de sang. Les nationalistes de Tchan Kai Tchek mènent une guerre sans merci contre le parti communiste. Le roman est riche de ses personnages. Deux clans se font face ; Baï Jiaxuan, le chef du clan Baï adossé à sa morale confucéenne reste campé sur une attitude conservatrice, conservatisme jusqu’à renier sa fille Baï Linling qui osa quitter le foyer pour suivre ses études et connaître l’amour en rompant ses fiançailles  arrangées par ses parents. Devenue communiste, elle fut assassinée au cours de la lutte contre les nationalistes. Lu Zilin quant à lui va passer  d'un camp à l'autre au gré de ses intérêts. Bon vivant et jouisseur, il ne manque pas, cependant,  de gentillesse. D’autres personnages  attachants traversent le roman. On ne peut qu’admirer les connaissances et la grandeur intellectuelle et morale de  maître Zhu, de la probité du docteur Leng, de la personnalité attachante de Lu San…

Cependant , la situation des paysans reste de plus en plus difficile , famine, froid, pluies, mauvaises récoltes, sans terres ou si peu. Malgré de nombreuses défaites, le Parti Communiste finira par convaincre et gagner le plus grand nombre. Mais a situation est loin d’être claire, ni paisible car de nombreuses trahisons de part et d’autre viennent ternir la Révolution avec une violence terrible. Chen Zhonshi nous offre un  long roman qu’on ne quitte plus tant le style, la maîtrise déployée dans sa structure, les révélations humaines ici décrites de manière vivante, sans oublier le regard des personnages sur la nature et sur la pérennité des traditions culturelles.

 

Je ne dirais pas que la lecture du roman coule de source mais son intérêt est tel que l’effort nous récompense et nous permet une approche originale  de l’Histoire de la Chine. Très beau roman que je recommande vivement.

 

Niurka Règle

 

 

15 mars 2025

Les Etats-Unis de Trump contre le monde

Les Etats-Unis de Trump contre le monde

« America First », les Etats-Unis d’abord, « Make America Great Again » - rendre à l'Amérique sa grandeur d'antan : ces slogans de campagne de Trump résonnent comme un cri de guerre contre le monde entier.

Le président-businessman accuse le monde entier, alliés ou vassaux des Etats-Unis (EU) inclus, de vivre et prospérer au détriment de son pays, d’abuser de sa générosité. En conclusion ils doivent tous indemniser les EU. La réalité inversée si chère à Trump.

En réalité ce sont les EU qui vivent au-dessus de leurs moyens grâce au crédit que leur permet le roi dollar avec ses privilèges exorbitants.

Biden - Trump

Que ce soit Biden ou Trump, tous deux visent à restaurer l’hégémonie mondiale de l’impérialisme états-unien avec des stratégies différentes notamment sur le plan des relations économiques internationales.

Biden prônait des solutions de compromis avec les alliés des EU. Trump, estimant ne pas en avoir besoin, n'hésite pas à brandir des menaces de coercition économique. Récemment il a exigé que les pays européens portent leurs dépenses militaires à 5% du PIB : le coup de grâce porté à l’UE alors que son économie est stagnante et que son moteur, l’industrie allemande, est en berne.

Biden offrait des subventions pour inciter les entreprises industrielles à s’implanter aux EU. Trump estime inutile de creuser le déficit en versant des subventions à des entreprises étrangères, les taxes sur les importations devraient être suffisamment incitatives.

La guerre commerciale

La mondialisation n’étant plus à l’avantage des EU, Trump met en avant sa prétendue arme « magique » contre le déclin de l’hégémonie états-unienne : les droits de douane qu’il a qualifiés en 2020 de la « plus grande chose jamais inventée »

Une arme déjà utilisée dans son premier mandat et prolongée par Biden sans obtenir le résultat escompté. Aussi la nouvelle politique tarifaire est étendue – le monde entier est visé – avec des taux de taxation inédits. Tous les pays - Sud global et pays développés, alliés ou pas - doivent être mis à contribution pour le bien des EU : la réindustrialisation, la fin du déficit commercial et la réduction des impôts. En quelque sorte une rente prélevée sur le reste du monde.

Lors de sa campagne électorale Trump annonçait vouloir imposer des droits de douane de 10 à 20% sur tous les produits étrangers, 25% sur les produits importés du Canada et du Mexique et 60% ou plus pour ceux provenant de Chine, désignée adversaire stratégique n°1. A ces taxes s’ajoutent toutes les interdictions d’exportations de produits de haute technologie vers la Chine et une liste noire d’entreprises chinoises avec lesquelles il est

1

interdit de commercer. S’agit-il de menaces préalables à des négociations ? Nous le saurons bientôt. Ce protectionnisme de combat conduira à la diminution des importations et des exportations des EU du fait des représailles mais il ne pourra empêcher les autres pays de développer le commerce entre eux.

En réalité c’est déjà le cas puisque les richesses sont créées de plus en plus dans les pays du Sud. Les cinq pays du BRICS ont vu leur poids dans l’économie mondiale croître sans cesse et leur PIB dépasser celui du G7, en parité de pouvoir d’achat (PPA), : 20 % en 2003 à 32 % en 2023 tandis que la part du G7 a reculé sur la même période de 42 % à 30 %. Au début des années 2000 la part des EU dans le PIB mondial (PPA) était de 21,2% et en 2022 elle est tombée à 16,6%.

La guerre commerciale conduira inévitablement à de multiples guerres commerciales contre les EU avec à la fois un recul du PIB mondial et une plus forte interdépendance entre les pays du Sud notamment. Ce qui pourrait réduire la part du commerce réalisée en dollars. On peut donc imaginer une violente réaction de Trump contre les BRICS et tous les pays qui utilisent d’autres monnaies que le dollar pour leurs échanges commerciaux. Par exemple Trump brandit la menace d’une taxe de 100% sur leurs exportations vers les EU. Il exige un engagement de ne pas créer une monnaie BRICS. Derrière l’arrogance pointe l’anxiété. On ne peut utiliser le dollar comme arme de guerre et s’étonner de la perte de confiance accrue dans cette monnaie.

Ce sont les EU qui ont interdit l’utilisation du dollar à des pays sanctionnés encourageant, obligeant même les paiements en d’autres monnaies et hors du système financier contrôlé par les EU. Le commerce en yuan, rouble, roupie, or ... ne s’arrêtera pas avec ces menaces. La guerre commerciale des EU est vouée à l’échec.

Le mépris de la souveraineté des États

Un nouveau pas est franchi avec l’affirmation de visées expansionnistes. Donald Trump a affirmé avec force qu’il entendait prendre le contrôle du canal de Panama et du Groenland - territoire sous la souveraineté du Danemark - sans exclure la possibilité d’une intervention militaire si nécessaire au nom de la sécurité nationale des EU. Une menace d’annexion qui peut planer sur n’importe quel petit pays.

Le président du Panama, José Raúl Mulino, a vivement réagit et qualifié ces prétentions d’absurdes : « le canal est panaméen et appartient aux Panaméens ». Le Danemark soutenu par des pays européens a vivement protesté.

Le Canada est également visé Trump demandant son annexion comme 51ème état des EU et Trump souhaite exercer toutes les pressions économiques et politiques nécessaires pour cela.

Le monde a évolué, l’hégémonie est révolue mais les EU ne veulent pas le voir.

Mettre fin aux réglementations ou traités qui s’imposent aux EU

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Les contraintes mises à l’expansion maximum des combustibles fossiles seraient supprimées. Les compagnies pétrolières et gazières doivent pouvoir forer autant que souhaité y compris dans les parcs nationaux et zones protégées. Les EU doivent avoir l’énergie la moins chère du monde – l’énergie fossile et non l’énergie verte trop subventionnée - pour renforcer leur compétitivité et pour encourager les industries à s’y implanter. La défense de l’environnement et la lutte contre le réchauffement climatique attendront.

Trump a clairement signifié son aversion pour tout traité international qui briderait l’économie des EU. Si accord il doit y avoir avec un pays ce sera le fruit de négociations bilatérales pour être en position de force maximum.

Les pays membres de l’OTAN ne sont pas oubliés, accusés d’assurer leur sécurité aux frais des EU. Dorénavant ceux qui ne dépensent pas suffisamment pour leur sécurité ne bénéficieront pas du soutien militaire des EU même en cas d’agression par la Russie. Les européens sont particulièrement désignés. Trump déclarait que l’agression d’un petit pays de quelques millions d’habitants, même membre de l’OTAN, ne pouvait conduire automatiquement à l’intervention des EU.

On se souvient de " l’avertissement " de Kissinger : « Il peut être dangereux d'être l'ennemi de l'Amérique, mais être l'ami de l'Amérique est fatal ». Alliés ou vassaux ?

Isolationnisme ?

Le protectionnisme prôné par Trump n’est pas une ligne de repli bien au contraire. C’est une arme de combat, une stratégie pour retrouver la « grandeur d’antan », l’hégémonie de l’impérialisme états-unien d’autrefois.

La part des États-Unis dans l'industrie manufacturière mondiale n'a cessé de diminuer depuis la crise des années 1970, puis depuis les années 2000 avec la montée des pays émergents et particulièrement de la Chine, devenue le principal partenaire commercial d’une centaine de pays. Il s’agit de modifier radicalement cette situation, les EU veulent être le centre des chaînes d’approvisionnement mondiales.

En même temps qu’ils se « protègent » de la concurrence étrangère ils s’attaquent au monde entier. La première puissance économique mondiale qui a 800 bases militaires, qui domine le système financier international, qui dispose du dollar etc. peut-elle être isolationniste ? Le capital financier le plus mondialisé pourrait-il être isolationniste ?

L’impérialisme étatsunien, en bon prédateur, ne cèdera pas sa place dans le monde de son plein gré ni n’entérinera le déclin de sa domination au profit du multilatéralisme.

Le boomerang

Sur la base des chiffres de 2022 et des taux annoncés par Trump, on peut estimer en année pleine le montant des taxes à plus de 700 Mds de dollars pour les biens importés (dont 320

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Mds pour la Chine) et près de 100 Mds sur les services importés. Un séisme qui modifierait considérablement tous les échanges internationaux, déstabilisant les chaînes d’approvisionnement des entreprises, réduisant la croissance économique mondiale.

A court terme les entreprises états-uniennes pourraient tirer un certain avantage de ce protectionnisme en augmentant leurs prix et leurs marges ce qui ajouté à la hausse du coût des importations alimenterait l’inflation ce que redoutent les ménages aux EU. Selon un sondage, seules 29 % des personnes soutenaient l’augmentation des droits de douane même si les prix augmentent tandis que 42 % s’y opposaient.

A moyen terme le protectionnisme réduira la compétitivité des EU.

La stratégie de Trump ne fait d’ailleurs pas l’unanimité des multinationales étatsuniennes. Par exemple l’entreprise Nvidia, leader mondial dans son domaine de pointe, a protesté contre les restrictions à l’exportation de produits hi-tech car elles « mettront en péril la croissance économique et le leadership des États-Unis ».

La guerre commerciale de Trump ne restera pas sans représailles. Personne n’en sortira gagnant. La fracturation du marché mondial s’accentuera1. Mais c’est le prix que les EU prétendent faire payer au monde pour tenter de rétablir leur hégémonie. Un pari perdant, à rebours de la tendance historique à la volonté de développement des peuples.

L’opposition au protectionnisme des EU pourrait bien inciter à aller vers un monde plus multipolaire respectant la souveraineté des États, privilégiant les rapports de coopération gagnant-gagnant et le développement.

Le 15 janvier 2025
Robert Kissous, économiste – militant associatif

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1 Cf https://blogs.mediapart.fr/rk34/blog/030824/guerre-commerciale-ou-cooperation-le-retour-du-protectionnisme
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12 janvier 2025

Filbert Frog et sa bande, en route pour l’aventure  !

 

Filbert Frog et sa bande, en route pour l’aventure  !

Claudine storbeck, Elisabeth Goode

La Marinière Jeunesse

 

Le « cherche et trouve » est une formule qui accompagne les jeunes enfants pour le plaisir de trouver. Ici, le formule s’enrichit par une quête de réelle découvertes puisque la bande de Filbert Frog qui trouvait la vie morose, voire ennuyeuse, décide  de partir à l’aventure. Aussitôt dit, aussitôt fait, puisque  Filbert Frog, Susie Souris, Camille Coquille et Walter Ver se dirigent vers le rivage et là,  une bouteille dans laquelle se trouve une carte une carte du vaste monde ! C’est parti en direction de la gare. Première destination et premières découvertes.

 

Ce cherchent trouve est vraiment jubilatoire. des illustrations pleines de fraîcheur, des stations variées où on cherche, on trouve, on apprend et on rêve. Et nos aventuriers ne sont pas au bout de leurs surprises;

 

A recommander vivement dès 6 ans.

 

Niurka Règle

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24 novembre 2024

les bouts de bois de Dieu

 

 

Les bouts de bois de Dieu, Ousmene Sembene - Pocket

 

En octobre 1945, les 20 000 cheminots de la ligne Dakar-Bamako se mettent en grève. Au lendemain de la guerre, les colonies françaises défendent le statut quo. La grève est difficile, éprouvante : coupure d’eau, pression sur les commerçants afin qu’ils ne servent pas les gréviste. faim et soif s’installent mettant en difficultés, en particulier,  femmes et enfants. Malgré tout le syndicat fait son travail, les grévistes restent soudés. peu abandonnent la lutte. Les coloniaux veillent et tentent d’acheter des grévistes. Ils refusent de recevoir les syndicats. Les femmes s’organisent et décident de mettre en place une longue marche jusqu’à DAKAR où une rencontre avec le syndicat doit avoir lieu, l’administration ayant ,enfin, accepté une rencontre. La lutte se poursuit et l’implication des femmes en surprend plus d’un et aboutit à un accord total sur les revendications.

 

Tout dans ce récit documenté nous fait vivre ces moments difficiles. Les protagonistes ont une réelle présence, forte de leur différentes personnalité l’implication des femmes dans le mouvement surprend plus d’un. Evidemment la répression  est présente et le risque de confrontation est sans cesse évoqué. De syndicalistes sont en prison.Ce roman nous parle de la culture africaine et de sa capacité à affronter l’adversité. Le récit est servi par style fluide, au regard précis sur la diversité des acteurs de ce mouvement. Le langage donne une certaine couleur au texte puisque les protagonistes s’expriment en Français de l’Afrique t en en wolof traduit, de façon fluide et vivante.

 

Un beau  roman fort et émouvant qui ouvre un regard neuf sur les africains et leur capacité à défendre leurs droits

17 janvier 2024

L'Homme apprivoisé

 

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L'homme apprivoisé, Horacio Castellanos Moya, traduit de l'espagnol (Salvador) par René Solis -Ed. Métailié

Lorsqque Erasmus Aragon arrive aux Etats-Unis, il obtient un poste de chargé de cours à l'université de Mertlow College. Accusé faussement du viol d'une jeune gamine de 13 ans, il est radié du l'université et traverse une terrible crise de dépression paranoiaque. Josefin, une infirmière de l'hôpital psychiatrique où il est soigné le prend en amitié et l'invite à la suivre en Suède. Tout semblait devenir pour Erasmus une vie apaisée. Evidemment, il était astreint à prendre ses médicaments et ne boire qu'un verre d'alcool par jour. Ce qu'il fait mais reste passif et vit aux crochets de Josefin, sans apprendre le suédois, sans chercher de travail, sans chercher à s'intégrer, malgré l'amour qui les unit. Un jour, la faute est commise. Il boit et perd tout contrôle de lui-même. A son retour du travail, Josefin constate le dégât et le somme de partir. Il retourne en Amérique latine dans un contexte difficile.

Le portrait d'un homme déraciné qui a dû fuir son pays, qui a terriblement souffert et qui ne peut trouver un point d'encrage dans un ailleurs qui lui reste étranger, malgré la belle relation amoureuse traversée auprès de Josefin.

Une écriture magnifique qui donne à voir la terrifiante condition humaine, ici, pour un homme déraciné .

Niurka Règle

13 décembre 2023

Gaza

 

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16 novembre 2023

Visite du patron de la CIA en Ukraine

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La visite du patron de la CIA en Ukraine annonce-t-elle le chant du cygne de Zelensky ?

Les USA ont des porte-avions et une immense armée, mais aussi la CIA. Et comme ailleurs, avec le FSB en Russie par exemple, ce ne sont pas les éléments les plus gros et les plus bruyants qui comptent le plus. Souvent, ils ne servent qu'à rendre la diplomatie de l'ombre plus efficace.

Ainsi, depuis quelques jours William Burns, le directeur de la CIA, est en tournée.
Et cela a une signification.

Il y a peu il était à Doha où, sous les auspices du Qatar (où se trouve une partie de la direction du Hamas), il a rencontré le chef du Mossad (service de renseignement israélien), David Barnea.
On peut supposer qu'il s'agissait de négocier les conditions de libération des otages détenus par le Hamas à Gaza.

Aujourd'hui, Williams Burns est à Kiev pour rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
On peut fortement supposer qu'il va discuter des options de sortie de crise, tant militaire que politique dans laquelle se trouve l'Ukraine.

Williams Burns fait partie des figures remarquables de la diplomatie étasunienne. Il est bien sûr au service de son pays, mais c'est un réaliste.
On sait de lui (par les fuites de Wikileaks) que lorsqu'il était ambassadeur de Russie entre 2005 et 2008, il avait envoyé un e-mail à Washington intitulé "NIET MEANS NIET" ("Niet veut dire Niet") où il expliquait qu'il fallait faire attention en Ukraine, car l'ensemble de la classe politique russe s'opposait à une extension de l'OTAN en Ukraine.

On peut supposer que son voyage du jour à Kiev, en conformité avec nombres de signaux faibles (en particulier la multiplication de publications dans les revues géopolitiques, mais aussi généralistes aux USA sur les difficultés militaires de l'Ukraine, ou sur la faiblesse du pouvoir de Zelensky), a pour but de commencer à débrancher Zelensky d'une manière ou d'une autre.

En Ukraine, la réalité du front est catastrophique pour Kiev : échec total de la "contre-offensive", pertes humaines et matérielles beaucoup trop importantes. La Russie pourrait être sur le point de déclencher une nouvelle offensive à l'hiver et au printemps avec un rouleau compresseur industriel et humain massif face à une armée ukrainienne affaiblie, aux troupes non renouvelées et démoralisées.

Politiquement la réalité n'est pas meilleure à Kiev, malgré l'enfumage d'Ursula von der Leyen. Les tensions entre Zelensky et son chef des armées, le général Zaluzhny, sont au pic et publiques – les désaccords sur la gestion de ma guerre masquent mal de profonds désaccord stratégiques et politiques. Il en va de même avec son ancien bras droit et conseiller, Oleksiy Arestovich, qui qualifie ouvertement Zelensky de "dictateur", sans parler du maire de Kiev, Vitali Klitschko, à couteaux tirés depuis des mois avec Zelensky.

Économiquement, le pays est effondré, ses infrastructures sont dans un état critique et sous pression des bombardements russe, et ses finances ne tiennent que par la volonté des USA et de l'UE. L’Ukraine était un État failli avant la guerre, c’est aujourd’hui un gouffre, de surcroît gravement endetté (hé oui, « l’aide » occidentale n’est pas gratuite, ce sont principalement des prêts).
La corruption endémique devient critique malgré ce qu'en dit la Commission européenne qui veut accélérer l'entrée de l'Ukraine dans l'UE alors qu'elle n'en a aucune disposition – on peut même supposer que l’acharnement de Mme Von der Leyen à faire rentrer l’Ukraine dans l’UE a surtout pour objectif de mutualiser l’immense dette ukrainienne et garantir au principal créancier, les USA, que quelqu’un payera, sans parler de l’immense potentiel de délocalisations nouvelles que représenterait l’Ukraine.

L'objectif de Burns est d'éviter un effondrement, soit du front, soit politique. Dans les deux cas, cela passe par un gel des opérations militaires et une détente au sommet du pouvoir à Kiev. Il y a une véritable course contre la montre avec la Russie qui a, elle, tout son temps pour accroître graduellement la pression, tant militaire, qu’économique et politique.
Mais Zelensky ne semble disposé à aucun compromis. Ni avec le chef des armées ukrainiennes, ni avec l'opposition politique, ni même à réduire l'intensité des combats – il était déjà le principal responsable de l'inutile et meurtrier entêtement à Bakhmout qui a causé tant de pertes de troupes ukrainiennes entraînées.
Zelensky est encore moins enclin à ne serait-ce que des discussions sur un compromis territorial avec la Russie.
Ce qui est logique du point de vue de Zelensky : accepter un compromis serait son chant du cygne. On lui a assigné de jouer le rôle d'un Churchill du Dniepr, il ne veut pas en jouer un autre.

Par sa seul présence, Burns est un puissant rappel de ce qui arrive quand on désobéit à Washington : le remplacement dans le rôle principal.
En effet, les USA ne veulent pas un effondrement de l'Ukraine en raison de l'entêtement de Zelensky. Ils ont sur les bras le conflit entre Israéliens et Palestiniens, résoudre les tensions avec Pékin et des élections présidentielles et donc, momentanément d'autres chats à fouetter, d'autres urgences.
Réarmer l'armée ukrainienne, la replumer, la remotiver nécessité du temps et Burns est à Kiev pour obtenir ce temps et calmer les ardeurs d'un président qui sent le pouvoir (et l'argent qui va avec) lui échapper.
Les USA ne veulent surtout pas perdre tous les efforts consentis en Ukraine et la potentielle extension de l'OTAN en Ukraine. Ils ne veulent pas non plus perdre les investissements et avantages des multinationales étasuniennes obtenus en Ukraine.

Peut être une image de 1 personne, montre-bracelet et texte qui dit ’NDV. 2023 TIME Nobody believes in our victory like I do. Nobody. been nearly two years. It's Russia still controlsa fifth of Ukraine's territory. Tens of thousands have been killed. Global support for the war is shrinking. The Lonely Fight of Volodyr myr Zelensky SIMON SHUSTER time.cum’
7 novembre 2023

Le Monde diplomatique : Dossier Israël-Palestine : l’embrasement, et après ? Barbares et civilisés

 

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Le Monde diplomatique

Novembre 2023,

Dossier Israël-Palestine : l’embrasement, et après ? Barbares et civilisés

par Alain GRESH

Qui ne serait indigné devant les assassinats du Hamas ? Et devant le déluge de bombes ordonné par le gouvernement israélien ? Le premier est qualifié de « terroriste » — pas le second. Au fil de l’histoire, cette notion a beaucoup varié.

Que peut-il y avoir de plus dévastateur pour une mère, pour un père, que la perte d’un enfant ? Tant d’espoirs partis en fumée, tant de rêves transformés en cauchemars, tant de projets engloutis. Nul ne peut vraiment mesurer cette tragédie s’il ne l’a pas vécue. Et chaque parent tremble à l’idée de recevoir un appel téléphonique l’informant d’un tel drame. Cette calamité peut résulter d’une maladie, on ne peut blâmer alors que le « destin » ; d’un accident, on peut accuser le chauffard, s’il est responsable ; d’un acte « terroriste », qui frappe ici une école, ailleurs un supermarché, là un simple passant. Qui blâmer alors ? Le terroriste, naturellement, qui d’autre ?

Et pourtant... Nous sommes le 4 septembre 1997, rue Ben-Yéhouda, en plein centre de Jérusalem. Trois kamikazes du Hamas se font exploser, tuant cinq personnes, dont une jeune fille de 14 ans prénommée Smadar, sortie de chez elle pour acheter un livre. Elle porte un nom prestigieux en Israël. Son grand-père, le général Mattityahou PELER, a été l’un des artisans de la victoire de juin 1967, avant de devenir une « colombe » et l’un des protagonistes de ce que l’on a appelé les « conversations de Paris », premières rencontres secrètes entre des responsables de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et des Israéliens « sionistes ». En cette année 1997, M. Benyamin NETANYAHOU était déjà premier ministre et avait promis de détruire l’accord d’Oslo signé en 1993, ce qu’il réussira à faire. Il connaît aussi la mère de Smadar, NOURIT, une camarade d’école et une amie de jeunesse. Quand il l’appelle pour lui présenter ses condoléances, elle lui rétorque : « Bibi qu’as-tu fait ? », le tenant pour responsable de la mort de sa fille (1).

« Pour moi, il n’y a pas de différence entre le terroriste qui a tué ma fille et le soldat israélien qui, en plein bouclage des territoires, n’a pas laissé une Palestinienne enceinte franchir un barrage pour se rendre à l’hôpital, si bien qu’elle a finalement perdu son enfant. Je suis persuadée que si les Palestiniens nous avaient traités comme “nous” les traitons, “nous” aurions semé chez eux une terreur cent fois pire. » Dans son texte, NOURIT termine en qualifiant M. NETANYAHOU d’« homme du passé » ; elle s’est malheureusement trompée puisqu’il demeure le visage de la politique israélienne. Malgré les critiques qui le visaient depuis des mois en raison de son projet de réforme de la justice, la grande majorité de la société s’est regroupée derrière lui pour justifier la politique

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criminelle — selon le droit international — qu’il mène à Gaza (lire « Fragile union sacrée en Israël »). Dans les décombres fumants de cette enclave grandit la prochaine génération de combattants palestiniens, plus déterminée que la précédente, le cœur rempli de rage et d’une inextinguible haine.

L’action des commandos-suicides des années 1990 et 2000 comme l’assaut du 7 octobre du Hamas allié aux autres organisations palestiniennes sont constitutifs d’un crime de guerre, comme le sont le blocus et les bombardements de Gaza. Ils posent une nouvelle fois la question du terrorisme et de sa définition. C’est un exercice laborieux tant les groupes rassemblés sous la rubrique « terrorisme » sont hétérogènes (2). Peut-on ranger sous le même label la milice américaine d’extrême droite qui a commis l’attentat d’Oklahoma City, le 19 avril 1995, Al-Qaida, l’Armée républicaine irlandaise (IRA) ou encore le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ? Cette incrimination implique de considérer ces mouvements comme l’incarnation du Mal absolu, avec qui tout compromis est impossible et contre laquelle la seule stratégie serait l’éradication pour assurer la victoire du Bien. Pourtant, l’histoire a souvent prouvé, que ce soit en Irlande ou en Algérie, que les « terroristes d’hier » sont les dirigeants de demain.

Quand des journalistes somment quiconque intervient sur Gaza de dénoncer le Hamas comme « organisation terroriste » (lire Clara Menais, « En direct des chaînes d’information en continu »), ils oublient que cette désignation, entérinée principalement par l’Union européenne et les États-Unis, n’est adoptée ni par les Nations unies, ni par de nombreux États qui maintiennent des canaux de communication avec cette organisation. Même Israël a, pendant des années, entretenu des contacts avec elle et autorisé le Qatar à convoyer des centaines de millions de dollars vers Gaza en espérant ainsi « acheter » le mouvement. Peut-on croire qu’une formation qui a recueilli environ 44 % des suffrages parmi les Palestiniens lors des élections législatives de 2006 peut être purement et simplement éradiquée ?

L’inscription du Hamas sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne au début des années 2000 à la suite de la seconde Intifada avait suscité bien des débats. La France, convaincue qu’il valait mieux pouvoir échanger avec le mouvement islamiste, souhaitait le dissocier des Brigades Izz Al-Din Al-Qassam, qui figuraient déjà sur la liste, comme les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa avaient été distinguées du Fatah, la principale branche de l’OLP. Paris a finalement cédé à la pression de ses partenaires mais rejette toujours l’inscription du Hezbollah sur cette liste, le mouvement étant un parti politique présent au Parlement libanais et un acteur majeur de la politique intérieure du pays du Cèdre (3).

Le cas du PKK condense les contradictions des politiques occidentales. Il figure sur les listes des organisations terroristes établies par l’Europe et les États-Unis, et il est ainsi possible d’être inculpé d’apologie du terrorisme si on le soutient verbalement. Pourtant, en 2014-2015, les Occidentaux lui ont transféré des armes pour arrêter l’offensive de l’Organisation de l’État islamique (OEI) en Irak et défendre la ville syrienne de Kobané avec un héroïsme qui fut largement salué à travers le monde (4).

On peut tomber d’accord sur le fait qu’il existe des « actes terroristes », ceux qui visent ou qui touchent principalement des civils. Cette méthode de lutte a été utilisée par nombre de mouvements

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de libération, à une échelle plus ou moins grande selon les circonstances. Avant de s’en indigner, il faut rappeler qu’ils affrontaient des armées modernes, dotées d’avions, de chars, de missiles, dans un combat totalement inégal. Et que la terreur quotidienne, invisible pour les colonisateurs, parfois exterminatrice, frappait depuis des décennies les populations sous occupation, créant colère, frustration et rage.

« Il est facile de ne pas remarquer la terreur, notait l’écrivain Manès SPERBER. Elle se cache sous l’indifférence de ceux qui ne sont pas concernés, c’est-à-dire l’écrasante majorité (5). » Il parlait de la terreur fasciste dans l’Europe des années 1930, mais la terreur coloniale restait encore plus invisible pour l’écrasante majorité des populations des pays colonisateurs, qui s’étonnaient de la « barbarie » en retour des colonisés.

La lutte sud-africaine ne se réduit pas à un « pacifisme » bien

intentionné

Le terrorisme n’a pas occupé la même place dans tous les mouvements de libération et certains ont réussi à en limiter l’usage. Le cas sud-africain est exemplaire, même si sa lutte ne se réduit pas, comme beaucoup le croient en Occident, à un « pacifisme » bien intentionné. Le Congrès national africain (ANC) a aussi utilisé la violence et, de manière ponctuelle, le terrorisme. Les conditions de sa lutte ont facilité un choix de modération. L’ANC disposait d’alliés solides à l’échelle internationale, engagés concrètement avec lui dans son combat. Il pouvait compter sur le soutien de l’URSS et de ses pays affiliés, d’un mouvement des non-alignés déterminé et du puissant mouvement de boycott en Occident — que personne ne songeait à criminaliser et qui ébranla l’apartheid et les soutiens du capitalisme sud-africain. Enfin, l’intervention militaire cubaine en Angola, et notamment la bataille de Cuito Cuanavale en janvier 1988, quand l’armée de Fidel CASTRO porta un coup fatal à la machine de guerre de Pretoria, constitua, selon Nelson Mandela, « un tournant dans la libération de notre continent et de mon peuple (6) ». Dans ce contexte, il était possible d’éviter le recours au terrorisme. Au contraire, aujourd’hui, ce sont les Palestiniens qui sont abandonnés à leur sort, y compris par plusieurs gouvernements arabes (lire Hasni Abidi et Angélique Mounier-Kuhn, « Riyad - Tel-Aviv, coup de frein à la normalisation »), et c’est Israël qui dispose du soutien inconditionnel des Occidentaux. La position de ces derniers ne sera même pas affectée par l’arrivée au pouvoir à Tel-Aviv de ministres fascistes, « suprémacistes juifs » (7).

Pour comprendre les dilemmes propres à l’OLP et à ses composantes, il faut revenir sur la lutte palestinienne qui a suivi l’occupation de 1967. Après une période d’euphorie marquée par l’extension de l’action des fedayin (combattants) palestiniens, ceux-ci furent expulsés de Jordanie en 1970-1971 (8), tandis que s’affermissait le contrôle israélien sur les territoires occupés. C’est alors l’existence même de la lutte palestinienne qui était en danger et avec elle tout espoir de libération. On assista ainsi à une multiplication d’actions violentes transnationales, avec la création de l’organisation Septembre noir, qui s’illustra dans la prise d’otages d’une partie de la délégation israélienne aux Jeux olympiques de Munich de 1972. Comme l’expliquera Abou Iyad, ancien numéro deux de l’OLP, « l’organisation a agi en auxiliaire de la résistance, à un moment où cette dernière n’était pas en mesure d’assumer pleinement ses tâches militaires et politiques. (...) Ses membres traduisaient bien les profonds sentiments de frustration et d’indignation qui animaient tout le peuple palestinien face aux tueries de Jordanie et aux complicités qui les ont rendues possibles

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(9) ». Parallèlement, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), dirigé par le Palestinien chrétien Georges Habache, multipliait les détournements d’avion et organisa, avec l’Armée rouge japonaise, l’attaque contre l’aéroport de Lod (Tel-Aviv) le 30 mai 1972.

Qu’est-ce qui amena l’OLP à arrêter ses « opérations extérieures » ? D’abord une reconnaissance croissante des pays non alignés et des pays socialistes, ce qui lui permit d’accéder à une légitimité internationale et se traduisit par l’invitation de Yasser Arafat à l’Organisation des Nations unies (ONU) en 1974. Elle commença à être associée au jeu diplomatique et ouvrit ses premières représentations officielles en Europe, notamment à Paris en 1974. La France, qui condamnait évidemment le terrorisme, joua un rôle majeur pour persuader ses partenaires que la clé de la solution du conflit était la fin de l’occupation israélienne et qu’elle passait par la reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination ainsi que par la négociation avec l’OLP (déclaration européenne de Venise de 1980). À l’époque, le premier ministre israélien Menahem Begin accusa les Européens de vouloir le forcer à négocier avec le Fatah, dont « les textes résonnent comme le Mein Kampf de Hitler ». Un parallèle que reprend M. Netanyahou pour stigmatiser le Hamas. Cette avancée européenne ouvrit une fenêtre diplomatique et amorça un processus politique. Un court moment, les Palestiniens purent espérer concrétiser leur rêve d’un État, et ils parièrent sur la paix.

Des combattants criant « Ceci c’est pour mon fils ! »

Il n’est pas question ici de refaire l’histoire de l’échec du processus d’Oslo, mais il est incontestable qu’il joua un rôle dans la victoire électorale de 2006 du Hamas. Ce qui va, pendant des décennies, continuer à nourrir la violence, c’est la situation concrète des Palestiniens, l’extension de la colonisation, la répression de toute activité politique, l’emprisonnement de masse et la violation systématique du droit international. En Cisjordanie, où l’activité du Hamas est réduite, l’action israélienne est-elle plus « modérée » ?

Israël applique cette maxime d’un expert allemand de la fin du XIXe siècle : « Le droit international ne devient plus que des phrases si l’on veut également en appliquer ses principes aux peuples barbares. Pour punir une tribu nègre, il faut brûler ses villages, on n’accomplira rien sans faire d’exemples de la sorte (10). » Cette terreur, souvent invisible pour les Occidentaux, qui ne s’émeuvent que quand meurent des Israéliens, est le sort quotidien des Palestiniens. Elle est marquée dans leur chair. Des vidéos circulant après le 7 octobre ont montré des combattants criant « Ceci c’est pour mon fils ! [que vous avez tué] », « Ceci c’est pour mon père ! [que vous avez tué] » (11).

« Cent trois Européens ont été assassinés, plusieurs femmes, dont une de 84 ans, ont été violées. Les cadavres, dans la plupart des cas, ont été mutilés. Les parties sexuelles coupées et placées dans la bouche, les seins des femmes arrachés, et les émeutiers s’acharnaient sur les cadavres pour les larder de coups de couteau. » Une commission d’enquête française dressait ainsi le bilan des événements du 8 mai 1945 dans l’Est algérien. À Sétif, durant une manifestation indépendantiste, un jeune manifestant fut tué par la police, déclenchant des émeutes et ces massacres. Un livre remarquable de Mehana AMRANI (12) revient sur les réactions en France à cet événement annonciateur du soulèvement de 1954 (13).

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Cette « barbarie » des colonisés, comment l’expliquer ? Un analyste écrit à l’époque que « l’appel à la violence fait surgir des montagnes une sorte de génie du mal, un Caliban berbère, sauvage et cruel, dont les mouvements ne peuvent guère être arrêtés que par une force plus grande que la sienne. Telle est l’explication historique et sociale des événements survenus à Sétif le jour même de la célébration de la victoire ». Le quotidien Le Monde n’était pas en reste, notant que « les troubles se sont produits dans les régions où les institutions françaises, politiques, scolaires, sociales, sont le moins développées ». Sous-entendu, plus de colonisation permettrait de sortir ces populations de leur « barbarie ». Et si c’était, au contraire, la colonisation qui les y avait plongées ?

Il faudra plusieurs décennies pour que soit reconnue l’ampleur de la répression contre les populations dites « indigènes » qui suivit le soulèvement de Sétif en 1945 : des dizaines de milliers de morts, longtemps ensevelis sous la bonne conscience de ceux qui ne voulaient pas voir ces « massacres civilisés » que la France avait commis.

Alain GRESH
Directeur du journal en ligne Orient XXI, coauteur (avec Hélène Aldeguer) d’Un chant d’amour. Israël-Palestine, une histoire française, Libertalia, Montreuil, 2023 (nouvelle édition mise à jour).

(1) Lire Nourit Peled-Elhanan, « Bibi qu’as-tu fait ? », Le Monde diplomatique, octobre 1997.

(2) Lire l’éditorial de Dominique Vidal dans Manière de voir, n° 140, « Vous avez dit terrorisme ? », avril-mai 2015.

(3) Nathalie Janne d’Othée, « Liste des organisations terroristes. Quand l’Union européenne s’emmêle », Orient XXI, 10 janvier 2022.

(4) Lire Dora Serwud, « Les héros de Kobané », dans Manière de voir, n° 169, « 1920-2020, le combat kurde », février-mars 2020.

(5) Manès Sperber, Et le buisson devint cendre, Odile Jacob, Paris, 1990.
(6) Lire « L’Évangile selon Mandela », Le Monde diplomatique, juillet 2010.

(7) Lire Charles Enderlin, « Israël, le coup d’État identitaire », Le Monde diplomatique, février 2023.

(8) Lire « Mémoire d’un septembre noir », Le Monde diplomatique, septembre 2020.

(9) Abou Iyad, Palestinien sans patrie (entretiens avec Éric Rouleau), Fayolle, Paris, 1978.

(10) Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes !, Le Serpent à plumes, Paris, 1999.

(11) Ramzy Baroud, « A day to remember : How “Al-Quds Flood” altered the relationship between Palestine and Israel forever », The Palestine Chronicle, 10 octobre 2023.

(12) Mehana Amrani, Le 8 Mai 1945 en Algérie. Les discours français sur les massacres de Sétif, Kherrata et Guelma, L’Harmattan, Paris, 2010.

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