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Le problème n’est pas la Chine

La marotte des dirigeants du Vieux Continent ces dernières semaines est «l’unité» de l’Union européenne pour faire face au mastodonte chinois. En effet, le géant asiatique serait une menace pour l’économie et la souveraineté européennes et tenterait de diviser les Européens.

Malheureusement ce joli discours ne tient pas face au réel. La principale menace sur les économies européennes vient en effet du fonctionnement de l’Union européenne elle-même, qui organise la concurrence de tous contre tous à l’intérieur des frontières de l’UE.

Les travailleurs détachés ne sont pas chinois, ils sont bel et bien européens. Quand des États comme les Pays-Bas, le Luxembourg ou l’Irlande font jouer la concurrence fiscale à l’intérieur de l’UE, ils ne font pas perdre des milliards d’euros à la Chine, ils empêchent des pays européens de financer leurs services publics ou de pouvoir investir dans une réelle politique industrielle.

Quand l’Allemagne a fait stagner ses salaires pendant des années, elle n’a pas obtenu un avantage de compétitivité par rapport à la Chine mais bien par rapport à des pays comme l’Italie ou la France, etc., etc.

La Chine ne crée pas de divisions en Europe, elle utilise celles qui existent déjà. Il n’y a pas de politique industrielle européenne ni de politique fiscale européenne. Les projets comme Airbus ne sont pas issus de l’UE mais de la coopération de quelques pays. Quoi de plus normal alors que chaque État membre cherche à profiter des douceurs de l’Empire du milieu.

Pourtant, pour tout groupe social, l’existence d’un «ennemi» commun est le meilleur moyen de se fédérer, au-delà de ce qui peut séparer. Mais cela ne semble pas fonctionner pour l’UE. Même le dossier du Brexit a bien montré que les 27 n’étaient pas d’accord sur l’approche à adopter.

Avant de brandir des menaces extérieures, de se moquer du désordre qui règne au Parlement britannique, les Européens seraient bien avisés de faire leur propre autocritique s’ils veulent parvenir un jour à une véritable «union».

Nicolas Klein