CVT_Encore-vivant_4487

Encore vivant, Pierre Souchon, La brune au Rouergue

Un homme perché sur la statue de Jaurès à Montpellier avait défrayé la chronique, il y a quelques années. cet homme est le narrateur de ce roman autobiographique. C’est aussi le roman d’une maladie, la bipolarité. Mais, ce qui frappe dans le récit c’est la manière d’en parler, la décrire. Brutalité, lucidité, souffrance. Si le narrateur est bousculé entre thérapies de choc, rémissions et rechutes, le lecteur, lui, appréhende les tranches de sa vie avec stupeur tant la violence exercée et subie est palpable. Envoyé en psychiatrie, il va cotoyer le monde des "fous", lui-même portant sa maldie comme un calvaire.

Le style passe de la crudité de la parole sans complaisance à une élégance de la pensée dans l’interrogation chargée de mélancolie. Et puis, il y a ceux que le patient déteste, dont il se méfie et ceux qu’il aime. Un double regard, donc, sur les soignants, chargé de rage, de douceur et souvent non dénué d’humour;

La personnalité de Pierre Souchon transgresse les codes de la bienséance avec l’expression d’une non acceptation de la maladie à hauteur de sa souffrance.

Très beau roman qui nous happe et nous bouscule et qui nous permet une rencontre avec la bipolarité dont on parle tant. Ici, la parole n’est pas biaisée, elle est forte. La littérature ça sert à ça, aussi.

C’est très réussi. Je souhaite à Pierre Souchon d'autres récits à nous faire partager avec autant de puissance dans le style et dans la pensée.

Niurka Règle