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L’Eau, bien commun public, Alternatives à la « pétrolisation » de l’eau
par Riccardo Petrella
Editions de l’Aube, Les alternatives du nouveau siècle
(reproduit ici avec autorisation de l’auteur)

On sait que les nappes phréatiques continuent de baisser dangereusement à travers le monde, notamment aux Etats-Unis, en Chine et en Inde. Au rythme actuel, ces pays sont destinés à faire face à de graves problèmes d’approvisionnement en eau fraîche au cours des prochaines années. En effet, les nappes « se vident » en raison des niveaux excessifs de prélèvement pour l’agriculture, des activités industrielles, de la production d’énergie Cf. le dernier rapport du Worrld Watch Institute sur l’état du monde).
L’eau est aussi « maltraitée » par la pollution et les contaminations : elles ne donnent aucun signe de diminution. Fertilisants, pesticides, émissions et déchets industriels toxiques continuent allégrement à empoisonner les nappes, les rivières, les lacs.
L’eau n’est plus la « mère » de la vie, la « sorella acqua » dont parlait Saint-François au XIIIe. siècle. Elle est surtout traitée comme une marchandise. Ce sont les marchands qui en parlent, et ils en parlent en termes d’ « or bleu », comme ils ont parlé jusqu’à présent du pétrole en termes d’ « or noir ».
Dans mon intervention, j’essaierai d’abord de montrer que l’eau doit être traitée comme un bien commun public mondial. Elle n’est pas un bien économique, marchand. J’essaierai, ensuite, d’analyser les principes fondateurs et les objectifs prioritaires de la vision aujourd’hui prédominante de l’eau imposée au reste du monde par les classes dirigeantes des pays occidentaux. Les conséquences de cette vision ont été particulièrement négatives. Dans la troisième partie, j’essaierai de détailler les principes fondateurs et les objectifs prioritaires d’une autre politique de l’eau fondée sur les valeurs suivantes :
l’accès à l’eau est un droit humain universel, indivisible, imprescriptible ;

L’eau est un bien commun public mondial appartenant non seulement à l’humanité mais aussi à l’ensemble des espèces vivantes ;

le financement des coûts nécessaires pour assurer et garantir l’accès à l’eau pour tous et sa valorisation en tant que bien commun doit être de la responsabilité collective, par la fiscalité générale et d’autres mesures fiscales et financières spécifiques au domaine de l’eau ;

la démocratie est au centre de la politique de l’eau. Tout doit être fait pour promouvoir et développer la participation effective des citoyens aux prises de décisions concernant le droit à la vie et le devenir de la planète.
Bien commun et bien(s) commun(s)
Au fait, qu’est-ce que c’est l’eau ? Quelle est la vision que l’on doit avoir de l’eau ? Que représente-t-elle pour les humains, pour la société, pour la planète ? Ma réponse est apparemment simple : l’eau est la vie, l’eau est à l’origine de la vie, elle est essentielle, insubstituable à la vie. Pour cette raison, elle doit être considérée comme un bien commun, plus précisément un bien public mondial. L’eau fait partie du bien commun.

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